Jeune fille d’Anne Wiazemsky

Jeune fille relate l’expérience d’Anne Wiazemsky sur le tournage d’Au hasard Balthazar, dont elle interprète un des personnages principaux, Marie. Les premières pages du livre m’ont étonné par leur simplicité presque niaise, étonnement sans doute dû au contraste avec le style des derniers romans contemporains que j’ai lus (Houellebecq, Jauffret) dont le projet fondateur est de montrer avec une crudité auto-contemplative, assez jouissive du reste, l’état de délabrement mental et sexuel des êtres. Dans Jeune fille, si le propos est noir, comme celui du film, le style, lui, est empreint d’une douce mélancolie estivale. 

Le livre met en parallèle la perte d’innocence d’Anne (l’interprète) et celle de Marie (le personnage). Sur le tournage, Bresson fait vivre à la première le cheminement de la deuxième de l’innocence vers le mal. En entreprenant chaque soir de la séduire, dans la chaleur des jardins, peut-être en demandant à l’un des techniciens du film de lui glisser des mots doux auxquels elle succombe, il lui fait vivre la tentation dans le sens chrétien du terme et la pousse à une familiarité croissante avec l’esprit du mauvais. Dans le beau passage du livre où elle raconte la scène chez le vendeur d’épices, incarnation ultime du vice, Anne découvre soudainement en elle cette familiarité, en gestation secrète tout au long du tournage, et son interprétation s’en nourrit, pour atteindre un degré de vérité (dans le sens bressonien du terme) qui la bouleverse et nous bouleverse.

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