Les paradis perdus I : Toy Story 3 (par Cœur)

De retour à la maison après avoir vu le film, je remarque dans l’entrée un sac qui est là depuis plusieurs semaines, un sac de livres à donner. Selon maman, nous sommes grandes maintenant, ce sont des livres de bébé. Que vont-ils devenir, ces livres ? Se retrouver sur les étagères d’une garderie ? Non lus ? Poussiéreux ? Jetés à la poubelle pour subir le terrible sort que le film décrit avec un réalisme effroyable ? Dans celui-là j’ai appris à dire « banane ». Dans cet autre « ballon », mon premier mot il paraît. Il y a beaucoup de livres Dora lus des dizaines de fois. Il y a même le livre Toy Story 1.

Ce film me fait prendre conscience que les objets qui nous entourent ont une âme. Des morceaux de notre vie d’enfant et de nos émotions adhèrent à eux et leur donnent un formidable instinct de survie. Quand on les jette, c’est une partie de cette enfance qui disparaît. C’est sans doute cette partie de nous qui essaie coûte que coûte de survivre.

Le film est très drôle. Les scènes avec Buzz l’éclair parlant espagnol et dansant le flamenco, Ken et Barbie jouant à cache-cache et Monsieur Patate se décomposant et se recomposant comme une toile surréaliste, sont hilarantes. Je n’ai jamais vu papa rire autant au cinéma. Mais le film est, en vrai, mélancolique. C’est l’histoire d’Andy, un garçon qui grandit. Qui doit aller à l’Université (l’Université c’est après le CP, le CE1, le CE2, le CM1, le CM2, le collège, le lycée), c’est dans très longtemps, très, très longtemps. Mais c’est bientôt. Cela arrivera vite. Alors la chambre d’enfant se videra. Tout ce qui est au mur, dans les coffres, les armoires, se retrouvera dans des cartons sur lesquels des destinations qui ne sont pas de rêve seront inscrites au feutre noir, en lettres attachées, d’une écriture hésitante, avec les dernières lettres coincées dans le peu d’espace qu’on a prévu pour elles, « grenier », « poubelle », « à donner ». Les jouets qui un jour ont été les personnages de nos histoires imaginaires, nos meilleurs amis, avec lesquels nous avons passé des heures et des heures, se retrouveront dans le noir, dans une cave, seuls, abandonnés. Pour toujours. Ou brûlés dans les flammes cauchemardesques de la décharge publique impitoyable. Dans la salle de cinéma, les enfants pleuraient, terrifiés. Heureusement les extraterrestres verts avec trois yeux sauvent Woody et ses amis, juste avant qu’ils ne tombent dans les flammes. Je ne sais pas si la fin est heureuse ou pas. Andy retrouve ses jouets dans le dernier carton de sa chambre. Il ne s’imagine pas tout ce qu’ils ont subi pour en arriver là. Les souvenirs de son enfance lui reviennent à la mémoire et il est ému. Je sais pourquoi. Il ne le dit pas mais moi je sais. Parce qu’il se rend compte que c’est fini. Que l’enfance, c’est fini. Il va falloir devenir adulte. Mais lorsqu’il donne les jouets à une petite fille, qu’il se raconte une dernière fois les histoires imaginaires dont ils étaient les acteurs, dans un acte de transmission, il dit adieu à son enfance mais se promet de se rappeler cette fille entourée de jouets, dans un éternel jardin de la fin de l’été.

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