Les paradis perdus II : Des Dieux et des Hommes de Xavier Beauvois

Le film m’a déçu. Il est trop académique, conventionnel, conforme à ce que l’on peut attendre d’un film d’auteur bien sur lui. C’est un film de qualité, chic, primé à Cannes, traitant de thèmes sérieux comme le terrorisme, la tolérance, et ce sans aucune faute de goût. Il est conçu pour Télérama. L’image et la lumière sont belles. Autant je suis sensible à la beauté picturale et la respecte car elle est gratuite, autant le fait que Beauvois s’appesantisse sur elle, la surligne, dans un souci de respectabilité esthétique, m’ennuie. Il fait durer les plans comme pour s’assurer que tous les spectateurs se sont bien rendu compte de leur beauté. Les références à des toiles (le Christ de Mantegna, La cène de Da Vinci…) sont trop explicites. J’apprécie le côté documentaire du film. La description des tâches quotidiennes de ces moines : prier, travailler la terre, remplir des pots de miel, couper du bois, cuisiner. Mais j’aurais préféré que cet aspect soit préservé de tout sentimentalisme. Or Beauvois se sent obligé d’y introduire de la solennité. Le moine interrompt en général sa tâche et médite en contemplant l’horizon cérémonieusement et se rappelant tout à coup qu’il va mourir. Pourquoi ? Le film refuse la banalité que pourtant il dépeint et qui est le bien le plus précieux dont ces êtres vont être privés en accédant au statut de martyre. En ce sens, c’est une antithèse d’Oncle Boonmee, autre film primé à Cannes qui, lui, ne se donne pas des airs et revendique sa naïveté. Les moines ont de très beaux visages, labourés par les rides, des visages picturaux. Mais à part Lonsdale, qui est génial, ils en font trop dans l’expression mélodramatique du doute, de la peur, surtout Lambert Wilson, jusqu’au ridicule dans certaines scènes (quand il enlace le tronc d’un arbre, qui fait ça ?). Leur condition de sursitaire leur fait oublier d’exister, simplement. Ils sont beaucoup trop conscients de leur mort prochaine en martyrs et en oublient de vivre. Les vrais prêtres eux n’avaient pas lu le scénario de leur vie, ils ne la vivaient pas à chaque instant dans la perspective de sa fin. La scène finale du dîner, censée être le morceau de bravoure du film, sur la musique du Lac des cygnes, est lacrymale et hyperbolique, bien que l’idée de cadrer la tête des moines, de très près, soit à la fois belle et terrifiante (en réalité, les moines furent décapités et on ne retrouva que leurs têtes, en bord de route). Je suis d’autant plus déçu du manque de spontanéité du film que ce qu’il raconte est vraiment beau. Comme dans Elephant, nous savons d’emblée que ces êtres sont des fantômes. Ils vivent dans une sorte de paradis terrestre, où les religions entretiennent un dialogue apaisé, où la vie est dépouillée de tout ce qu’elle a d’inessentiel, retranchée dans un territoire idyllique de splendeur naturelle et de simplicité, et transcendée par la poésie liturgique. Et tout cela est précaire. Amené à disparaître. J’aurais tellement aimé que cette déchirante précarité soit traitée avec moins d’application, avec plus de sobriété ou plus précisément de naturel.

2 commentaires sur “Les paradis perdus II : Des Dieux et des Hommes de Xavier Beauvois

  1. Ah non! Je voulais voir ce film sans a-priori! Je ne voulais pas lire de critique de ce film car les flms de Beauvois sont souvent chiants comme la pluie et Lambert Wilson en fait souvent trop.
    Mais je voulais voir le film sans me dire que tout ce qui sort de Cannes n’est pas obligatoirement lourd.
    J’irais le voir quand même, nâ!
    Anne Marie.

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