Le misanthrope, mise en scène de Michel Fau

Michel Fau prouve que l’on peut réussir la mise en scène d’une pièce classique sans modernisation excessive ou expérimentation hasardeuse, en mettant en avant le texte qui brille dans toute sa splendeur. Il privilégie un décor sommaire, bien que beau et joliment éclairé, n’utilise la musique elle-même classique qu’entre les actes et réduit les mouvements des corps sur la scène, privilégiant par moments des poses statuaires. En revanche, il multiplie les intonations du texte, dans une sorte de polyphonie musicale, de la grâce d’Eliante (une sublime comédienne dont le nom m’échappe), à l’espièglerie médisante et charmante de Célimène (Julie Depardieu, très bien), à la morgue d’Alceste, au ridicule drolatique d’Oronte (excellent) et de Clitandre. Chaque voix a son intonation propre, comme si elle était modulée par le caractère du personnage. On apprécie énormément ce respect, cet amour du texte qui mettent en avant sa modernité. Nous sommes alors saisis par la profonde violence de cette pièce, celle du désespoir d’Alceste et des rapports entre les hommes dans une cour pourrie où chacun n’est qu’objet de scrutation, livré à la communauté avec ses défauts et ses vanités, dans une sorte de Facebook de la cruauté.

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