Cinéaste libanaise, Nadine Labaki a réalisé de nombreux clips et spots publicitaires dont le style (lumière ocre, ramassis de clichés publicitaires, etc.) n’augurait rien de bon quant à son film. Finalement, Caramel est une bonne surprise. Certes on retrouve une esthétique de clip bas de gamme mais les qualités du film sont nombreuses. D’abord le jeu des acteurs d’un naturel contrasté avec la performance théâtrale très fausse des acteurs libanais. L’excellente idée de la réalisatrice a été de faire appel à des acteurs non professionnels qui ont su, et c’est un vrai plaisir, retranscrire leur vérité dans le film. Deuxième qualité, Caramel n’émule pas un film d’auteur français. Le réalisateur typique libanais, subventionné par Arte et le ministère de la culture, fait en général son Godard avec les personnages tourmentés en quête de leur justification existentielle, errant dans les bars de Beyrouth, désemparés, déclamant des phrases issues des tréfonds de leur être. Le résultat est prétentieux et antipathique sinon ridicule. Pas de telle prétention ici. Le film est drôle, c’est une comédie chorale qui se revendique comme telle et c’est tant mieux. Si la critique a évoqué le film de Tonie Marshall (Vénus Beauté Institut), c’est surtout du côté d’Almodovar qu’il faut chercher l’inspiration avec ces personnages de femmes névrosées, avec un parler et des tenues vestimentaires extraverties. Mais la vraie réussite du film est le portrait de la femme libanaise, l’hommage même à celle-ci. Meurtrie par une société d’émigration où l’homme se fait rare, à la quête désespérée et désolante d’un mari, idéal absolu de vie, ce vers quoi elle doit tendre et que tout autour d’elle (parents, amis, réceptionnistes d’hôtel…) la fait converger et une fois qu’elle l’a, ce autour de quoi toute sa vie doit s’organiser.