Janvier

Cette année, j’ai découvert que je suis amoureux du mois de janvier. Je me demande même s’il ne serait pas devenu mon mois préféré, devant décembre ou juillet, qui l’a longtemps été, je crois. J’aime aussi beaucoup septembre.

Mais janvier ! Wow ! Quelle découverte. Je ne sais pas si c’est propre à 2025, mais après l’agitation insupportable des fêtes de fin d’année, un calme délicieux s’installe soudainement. Les rues de Paris se vident : les touristes les boudent, les voitures les désertent. Après les excès, j’imagine que les gens préfèrent rester chez eux. Et après les ventes privées, les pré-soldes, le Black Friday, etc., les clients se ruent moins dans les magasins. Les soldes de janvier ne provoquent plus le chaos qu’elles suscitaient autrefois.

Un soir, j’ai eu le plaisir de marcher pendant plus d’une heure, du onzième arrondissement au septième, en longeant les berges. C’était une joie immense. Le froid était vif, s’atténuant à mesure de mes efforts, mais l’absence totale de vent et la rareté des passants faisaient de cette marche une exploration privée des splendeurs illuminées de la ville. Les ponts successifs, les monuments qui se déploient comme un menu de restaurant gastronomique, et leurs reflets dans l’eau de la Seine composaient un spectacle de toute beauté. La lune était pleine, c’était parfait.

Le fait qu’il y ait si peu de monde dans les rues rendait chaque rencontre presque précieuse, comme une preuve que je n’étais pas seul au monde, que l’humanité continuait d’exister, mais en retrait. Seules les sirènes des voitures de police, imperturbables et fidèles au poste, interrompaient cette paix, allant de crimes fictifs en guerres imaginaires.

Je suis également allé à Deauville, profitant de deux jours de beau temps et de l’absence de vent. J’ai couru sur les planches, et c’était merveilleux. Ensuite, j’ai déambulé dans les rues calmes, où le silence laissait place à tous les sons que le tumulte habituel étouffe : les cris des mouettes, le cliquetis des mâts sur les voiliers, et la rumeur lente des voitures, comme un souffle doux.

Comme chaque mois de janvier, j’ai arrêté de boire et redécouvert le plaisir physique de la sobriété : cette sensation de clarté, d’assainissement.

Le 13 décembre, lors d’une course, une voiture m’avait percuté, et j’avais mal au mollet. Le 14 janvier, j’ai enfin pu reprendre la course (j’avais essayé le 1er janvier, mais la douleur persistait). Retrouver la forme, la santé et le mouvement a sans doute contribué à l’attrait de ce mois.

J’aime aussi le climat. Nous avons eu quelques rares journées de soleil, suffisamment rares pour les apprécier pleinement, comme une victoire éclatante sur la grisaille, le brouillard, cette blancheur permanente qui me dérange moins qu’au printemps ou en automne. Elle est, en janvier, synonyme de paix et d’évanescence. La nudité de la nature, avec son minimalisme de branches noires dessinées sur un fond de brouillard blanc, m’apaise. Car la végétation luxuriante et l’agitation des bêtes m’angoissent.

En 2025, l’environnement géopolitique s’est également amélioré. Un cessez-le-feu a été signé au Liban, où un président a enfin été élu et un Premier ministre désigné, ainsi qu’à Gaza, après des mois de combats et des milliers de morts.

Nous sommes allés voir le très beau film d’Almodóvar au Beaugrenelle. En sortant, nous avons marché sur l’île aux Cygnes, au milieu de la Seine, un lieu encore relativement méconnu des touristes à selfies. Ce n’est pas un endroit très spectaculaire comparé au pont de Bir-Hakeim, qui constitue un « spot » bien plus prisé. Pourtant, marcher sur cette île offrait une parenthèse enchantée au cœur de la parenthèse enchantée qu’est janvier. L’une des berges, côté rive gauche, est piétonne, tandis que l’autre, rive droite, laissait défiler un cortège de voitures roulant à vitesse constante, sans bruit, dans une fluidité parfaite. L’esprit encore imprégné des images colorées du maître madrilène, nous marchions, ce soir-là, en paix, heureux de vivre.

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