Jeudi 24 septembre — Arrivée à New York
Je suis arrivé à New York jeudi soir, assez tard. Il y avait une longue file d’attente à l’aéroport, mais j’ai réussi à garder mon calme et à utiliser le Mobile Passport Control, ce qui m’a permis de passer les formalités plus facilement.
J’étais entourée de trois salariés d’Hermès qui stressait à cause de l’attente et que l’agent de sécurité a grillé bien plus que ce à quoi un salarié d’Hermès en France serait habitué.
J’ai ensuite pris un Lyft pour rejoindre mon hôtel, le citizenM, dans le Lower East Side, où je suis arrivé vers une heure du matin. Plus précisément à Bowery, dont j’apprendrai le lendemain que c’est un quartier en soi avec tout un historique de drogue, d’arts, de personnalités connues et une sédimentation historique passionnante entre les premiers colons, les noirs américains.
Bowery est une rue passionnante où se côtoient les centres de distribution de food stamps, les galeries d’art, les vieilles boutiques décaties, les Sweetgreen, les jeunes cadres en début de carrière et les laissés-pour-compte du système capitaliste, errant, perdus, dans les rues bruyantes, hurlant, frappant le mobilier urbain ou harcelant les passants. C’est une sorte de concentré d’humanité, dans ce qu’elle a de plus diversifié, tant verticalement qu’horizontalement.
Devant le CitizenM, flambant neuf, érigé au bout de l’avenue, gravite cette humanité, surtout sa frange laissée pour compte, vacillante sous l’effet de substances douteuses, au verbe désarticulé, troué de vociférations.
En face de l’hôtel, le magasin Supreme complètement tagué de graffitis dystopiques est cerné en permanence par une longue file d’attente.
Vendredi 25 septembre — Travail, running, SoHo et retrouvailles avec Anna
Vendredi, il faisait beau. La grande fenêtre de la chambre capsule de CitizenM donne sur New York, figée dans une paix insoupçonnée au niveau des rues chaotiques. J’ai commencé la matinée par une séance de sport dans ma chambre, avant d’enchaîner avec un premier call à 8 heures, un comité d’investissement, puis un autre call consacré à un deal.
Vers midi, je suis sorti courir le long de l’Hudson River. C’était très agréable, le temps était magnifique. Après ma course, je me suis arrêté chez Upside Pizza, manger une slice végétarienne.
L’après-midi, j’avais rendez-vous avec une entrepreneuse dans un café à SoHo. La rencontre s’est bien passée. Elle était pleine de vision, d’ambition, de foi en l’avenir. J’en ai ensuite profité pour me promener un peu dans le quartier et acheter une chemise.
En fin de journée, je suis rentré récupérer les différentes affaires que j’avais apportées pour Anna, avant de la rejoindre chez elle vers 19 heures. J’étais vraiment très heureux de la retrouver dans son appartement, avec sa colocataire.
Le long de l’avenue Delancey, le ciel s’est livré à une somptueuse démonstration de teintes rougeâtres, annonciatrices d’un violent orage pour le week-end. Les passants sortaient leurs téléphones pour immortaliser cet instant de splendeur céleste et vespérale.
Nous sommes sortis boire un verre au Ludlow Hotel, non loin de chez elle, dans le salon charpenté autour d’un feu de cheminée. J’en ai profité pour faire un peu de benchmarking hôtelier, comme j’aime le faire. Nous y sommes restés assez longtemps, puis nous sommes allés dîner chez Penny, dans l’East Village.
C’était un excellent dîner de poisson, installés au comptoir, dans une ambiance tamisée, quand il pleut à l’extérieur. Avec le recul, je garde un très bon souvenir de cette soirée, et de notre longue discussion.
Nous sommes rentrés en taxi, car il commençait à pleuvoir. Une grosse tempête était annoncée pour le week-end, ce qui m’inquiétait un peu, même si j’avais le sentiment que les prévisions étaient probablement exagérées.
Samedi 26 septembre — Running sous la pluie, photographie et art contemporain
Malgré la tempête annoncée et une météo peu engageante, je me suis réveillé avec l’envie de courir. Je suis donc reparti le long de l’Hudson River, comme la veille. C’était une nouvelle fois exaltant, malgré le mauvais temps. Les coureurs étaient au rendez-vous, les hommes souvent torse nu, exhibant leurs muscles luisant de l’eau de la pluie, les femmes en tenues techniques moulantes.
Je suis rentré à l’hôtel. Je ne me souviens plus très bien de ce que j’ai fait pendant le reste de la matinée. Peut-être me suis-je arrêté prendre un café.
À l’heure du déjeuner, je suis allé à SoHo pour tester 7th Street Burger, une enseigne de burgers dont j’avais entendu parler.
J’ai ensuite retrouvé Anna directement à l’International Center of Photography (ICP), qui se trouve juste en face de chez elle.
Nous y avons découvert une superbe exposition consacrée à Yves Saint Laurent et à la photographie. L’exposition, intitulée Yves Saint Laurent and Photography, explorait les liens entre le couturier et les grands photographes de son époque. Elle était remarquable, tout comme le lieu lui-même, dont l’architecture m’a beaucoup plu.
Après cette visite, nous nous sommes promenés dans le quartier et sommes entrés presque par hasard dans la Galerie Perrotin. Je ne savais même pas que la galerie avait une adresse ici.
Elle occupe un ancien immeuble, peut-être autrefois consacré à des ateliers de tailleurs, reconverti en espace d’exposition. L’endroit est magnifique et assez surprenant.
Nous avons eu la chance d’être accompagnés par la directrice, qui nous a fait visiter les différentes salles, mais également les bureaux et une superbe salle de réunion, avec une grande table circulaire en marbre.
Je me souviens notamment d’une immense photographie prise au Texas par un artiste dont j’ai oublié le nom. Il avait installé un ensemble de miroirs sur un monument, reflétant une place verdoyante. L’image était particulièrement saisissante.
Nous nous sommes aussi arrêtés devant une peinture d’un artiste philippin qui nous a beaucoup intéressés. Cette visite improvisée a été une très belle surprise, autant pour les œuvres que pour la découverte des lieux et la qualité de l’accueil.
Nous avons ensuite poursuivi notre promenade jusqu’au New Museum, sur Bowery.
Je n’en attendais pas grand-chose. J’avais même un peu le préjugé qu’il s’agissait d’un musée assez artificiel, conçu pour Instagram, avec davantage d’effets de mise en scène que de véritable contenu artistique. En réalité, c’était tout le contraire : nous avons découvert des expositions extrêmement pointues, ambitieuses et passionnantes.
J’ai notamment été frappé par une exposition consacrée à Bowery et à son histoire artistique. C’est un quartier à part entière, avec une identité très forte, où se trouve également mon hôtel. De nombreux artistes y ont vécu et travaillé, parmi lesquels Nan Goldin.
Une salle était justement consacrée à son travail. Nous y avons regardé une vidéo montrant des habitants et des personnages du quartier. Les visages étaient absolument incroyables, d’une intensité et d’une singularité rares. Il y avait quelque chose de très brut, de profondément humain, dans cette façon de filmer les gens.
Nous avons ensuite découvert une autre exposition, consacrée à l’artiste afro-américain Arthur Jafa et intitulée I Am Tony.
L’exposition était intéressante par la diversité des supports utilisés. Chaque salle constituait presque une installation en soi, mêlant vidéos, peintures, photographies, sculptures, objets fixés aux murs et éléments industriels, notamment des tuyaux.
L’ensemble était immersif, parfois déroutant, toujours stimulant. On passait d’un univers à un autre, dans le labyrinthe des salles de ce musée, avec une impression de grande liberté artistique et une véritable réflexion sur les images, l’identité et la culture noire américaine.
Cette visite du New Museum a été l’une des grandes découvertes du séjour. Je suis entré avec assez peu d’attentes et en suis ressorti très impressionné par l’architecture du lieu, la richesse des expositions, leur exigence intellectuelle et la manière dont elles faisaient écho à l’histoire du quartier.
Nous nous sommes dit que la pluie était finalement une chance, celle de découvrir le quartier. Sans elle, nous serions sans doute allés ailleurs, à Brooklyn.
Samedi 26 septembre (suite) — Dîner à Chinatown
Après notre visite du New Museum, nous sommes allés directement dîner chez Bridges, un restaurant situé au cœur de Chinatown.
Nous y sommes allés à pied, après quinze à vingt minutes de marche à travers le quartier. Cela faisait très longtemps que je n’étais pas retourné à Chinatown, et j’étais content de retrouver cette atmosphère si particulière.
Le dîner était excellent. Une cuisine recherchée, d’inspiration française, avec des influences multiples et des associations parfois étonnantes. Tout était délicieux, raffiné et original.
Après le dîner, nous sommes rentrés à pied sous la pluie, en traversant les rues animées de Chinatown, avec leurs nombreux bars, jusqu’à rejoindre l’hôtel. Derrière les vitres embuées, constellées de gouttelettes de pluie, se dessinaient les silhouettes floues de personnes absorbées dans des conversations animées. La distance et l’épaisseur du verre rendaient leurs paroles inaudibles. On aurait dit des fantômes surgis d’un passé lointain, les derniers habitants d’une ville depuis longtemps désertée.
Dimanche 27 septembre — Sport, pluie, cinéma et dîner
Le dimanche, la pluie avait encore gagné en intensité et allait finalement tomber toute la journée.
J’ai retrouvé Anna à 10 heures du matin chez Equinox, son club de sport sur Orchard Street, où elle est abonnée.
L’endroit est super deluxe, peuplé de New-Yorkais sportifs et stylés, tous très concentrés sur leurs machines, leurs poids, leurs elliptiques et toutes sortes d’équipements sophistiqués. Il y avait quelque chose d’assez fascinant et de très stimulant dans cette ambiance, un dimanche matin à 10 heures.
J’y ai fait ma séance de fractionné pendant qu’Anna suivait son propre programme.
Après cela, toujours dans l’idée de découvrir et de tester d’autres hôtels, je suis parti courir sous une pluie battante en direction du Meatpacking District. Il m’a fallu une bonne quinzaine de minutes de course pour rejoindre le quartier, où je suis allé visiter un hôtel.
Je suis ensuite rentré en longeant l’Hudson River, toujours sous cette pluie rafraîchissante. Je suis arrivé à l’hôtel complètement trempé, mais dans un état de bien-être flottant, euphorique après l’effort. Je me sentais vraiment très bien et la longue douche brûlante n’a fait qu’accentuer cette sensation.
J’ai retrouvé Anna vers midi dans le lobby de l’hôtel et nous sommes partis déjeuner dans un restaurant espagnol à Gramercy, quartier bien plus résidentiel, bourgeois et calme que le Lower East Side, avec une atmosphère très différente, reposante.
Le déjeuner était excellent, une fois de plus.
Nous sommes ensuite allés au cinéma voir Resident Evil, le nouveau film de Zach Cregger, qui a réalisé Weapons et Barbarian, deux films que j’avais aimés. C’est un réalisateur dont j’apprécie l’univers, à la frontière de l’horreur, du suspense et de la comédie.
Nous nous sommes bien amusés. Le film était à la fois effrayant, drôle et complètement déjanté, exactement dans le style que j’aime chez ce réalisateur.
Après la séance, nous avons rejoint l’ami d’Anna à SoHo. Nous avons commencé par prendre un verre dans un bar sympathique, dont j’ai malheureusement oublié le nom, avant d’aller dîner japonais chez Blue Ribbon Sushi.
Là encore, le dîner était délicieux. Nous aurons très bien mangé pendant tout ce week-end.
Nous sommes ensuite rentrés à pied jusqu’à l’hôtel. C’était le moment de nous dire au revoir avec Anna, notre week-end ensemble touchait à sa fin, et ma semaine de travail allait commencer le lendemain.
J’étais heureux de ces trois jours passés avec elle, sous la pluie, entre sport, promenades, musées, restaurants et longues discussions.
Le dimanche soir, je suis allé rejoindre mon deuxième hôtel pour y faire mon check-in, en prévision de la semaine de travail.
Lundi 28 septembre — Retour au travail
Le lundi a été une journée essentiellement consacrée au travail.
Je suis resté à l’hôtel, avec des réunions tout au long de la matinée. L’après-midi, je me suis concentré sur la rédaction d’un mémo que je devais finaliser dans le courant de la semaine.
Le soir, j’ai retrouvé mes collègues pour dîner dans un restaurant mexicain du quartier.
Du mardi 29 septembre au jeudi 1er octobre — Séminaire et courses matinales à Central Park
Les trois journées suivantes, du mardi au jeudi, ont été consacrées à notre séminaire.
Nous étions pris du matin jusqu’au soir, en plein cœur de Manhattan, avec un programme intense.
Mais ce que je retiens surtout de ces journées, ce sont mes courses matinales à Central Park.
Le beau temps était revenu, et chaque matin, je commençais ma journée par un jogging dans le parc. C’est une expérience dont je ne me lasse pas.
Il y a quelque chose d’assez extraordinaire à courir dans Central Park au petit matin, au milieu de cette ville immense, puis à s’arrêter prendre un café après l’effort. La beauté du réservoir, les arbres, les perspectives sur les immeubles de Manhattan, l’énergie des autres coureurs, tout cela procure un sentiment de bien-être incroyable.
Le mercredi, sur les conseils d’Anna, j’ai poussé ma course plus loin que d’habitude, jusqu’à Harlem, en faisant quasiment tout le tour de Central Park.
Je ne l’avais jamais fait de cette façon. En réalité, c’est tout à fait accessible, il suffit de suivre la grande boucle qui parcourt le parc, sans difficulté particulière pour s’orienter. Cela permet de découvrir une autre partie de Central Park, plus au nord, plus calme, de varier le parcours et d’en apprécier encore davantage la taille et la diversité.
Ces courses matinales ont vraiment rythmé mes journées et m’ont permis de profiter de New York malgré le programme professionnel très chargé.
Jeudi 1er et vendredi 2 octobre — Retour à Paris
Le séminaire s’est terminé jeudi, et j’avais un vol de retour à 23 h 30.
Cette fois, j’ai choisi de rejoindre l’aéroport en train, une solution que je trouve finalement bien plus pratique que la voiture à New York. C’est simple, assez prévisible et cela évite les aléas de la circulation. Il suffit de se rendre à Grand Central, d’y entrer par la 42e Rue, un peu avant l’entrée principale, puis de suivre les indications pour le LIRR. Après une assez longue marche dans les couloirs de la gare, on prend un train en direction de Jamaica (billet à acheter sur l’application MTA). Une vingtaine de minutes plus tard, on arrive à Jamaica, où l’on emprunte l’AirTrain pour JFK. Il faut encore compter une quinzaine de minutes pour rejoindre le terminal 1.
Le vol s’est déroulé sans histoire, et je suis arrivé à Paris le vendredi 2 octobre vers midi.
Ainsi s’est terminé ce séjour new-yorkais.
Entre les retrouvailles avec Anna, les belles découvertes artistiques, les restaurants, les longues promenades et les courses à pied le long de l’Hudson et dans Central Park, j’ai retrouvé tout ce que j’aime à New York : son énergie, sa diversité, ses quartiers si différents et cette sensation qu’il reste encore énormément de choses à découvrir.







