Nous avons passé une semaine en Chine, ma première visite depuis 2016. Nous avons exploré Pékin, Shanghai et Hong Kong, un itinéraire crescendo en termes de température — respectivement 0, 10 et 23 degrés —, de chaleur humaine et de chaos. J’en reviens avec plusieurs sujets d’étonnement.
Mes souvenirs de 2016 sont un peu flous, mais cette fois-ci, j’ai été frappé par le niveau de développement économique à Pékin et Shanghai. En revenant en France, j’ai ressenti un étrange renversement : la sensation de retourner dans un pays sous-développé. Les infrastructures — aéroports, routes, immeubles — sont impressionnantes ; les villes, particulièrement Pékin, affichent une propreté saisissante. Il y a très peu de chantiers, aucune grue à l’horizon, comme si tout avait déjà été achevé.
En 2016, je me souviens de la prolifération des grosses berlines allemandes. Cette fois-ci, bien qu’il y en ait encore, le choc est venu de la domination du parc automobile chinois : de nombreuses marques (BYD, Maxus, Roewe, Huawei, pour ne citer qu’elles), des véhicules d’une qualité et d’une finition remarquables, et majoritairement électriques. Le Covid et le régime chinois ont contribué à éloigner nos regards de la Chine, mais je doute que nous mesurions pleinement la menace que représente cette industrie automobile à l’échelle mondiale. Pendant qu’en Europe, nous débattons encore des avantages de la voiture électrique, la Chine semble déjà bien en avance.
Nous avons pris un TGV entre Pékin et Shanghai, et la comparaison avec la SNCF est saisissante : propreté, rapidité, couverture réseau, qualité des toilettes, espaces pour les bagages, tout est irréprochable. Pendant les 4 heures et 37 minutes de trajet à travers la campagne chinoise, j’ai aperçu, sans interruption, des éoliennes. En Europe, le sentiment antiécologique prédomine et on milite en général contre les éoliennes.
Lors de mes deux précédents séjours, je n’avais jamais vu le ciel bleu. Cette fois-ci, et même si on nous a dit que nous avions eu de la chance, le ciel était d’un bleu éclatant toute la semaine. Beaucoup de progrès a manifestement été réalisé pour réduire la pollution.
Un autre sujet d’étonnement concerne la technologisation de la société. L’hypersurveillance est omniprésente, avec un nombre impressionnant de caméras qui semblent tout capturer, partout. Les incivilités sont également enregistrées, affectant la note sociale des citoyens. Cela crée, d’un côté, un environnement aux accents dystopiques, mais paradoxalement, une société relativement paisible.
Comparé à Paris, d’où je viens, la différence est frappante : très peu de policiers visibles, pratiquement aucune sirène entendue, alors qu’à Paris, nous vivons dans une atmosphère quasi-permanente d’état de siège, avec des forces de l’ordre omniprésentes et des sirènes incessantes.
La technologie tend à fluidifier de nombreux aspects de la vie quotidienne. À l’aéroport, nous sommes sortis sans visa ni dossier prérempli, en seulement quelques minutes. Les super apps comme Alipay et WeChat rendent tout extrêmement simple : commander un Didi (l’équivalent d’Uber) de qualité supérieure à des prix abordables est un jeu d’enfant. La société fonctionne presque entièrement sans argent liquide, grâce aux applications de paiement.
La dictature chinoise a quelque chose d’étrange. Pas de culte de la personnalité apparent : à part le célèbre portrait de Mao devant la Cité interdite, aucun autre visage, ni celui de Xi ni d’un quelconque dirigeant, n’est visible. Les bâtiments gouvernementaux, eux, n’ont rien d’impressionnant.
La population semble jouir d’une totale liberté consumériste, symbolisée de manière éclatante par des marchés de Noël surdimensionnés à Shanghai, mais également d’un éventail plus large de libertés, notamment une égalité homme-femme qui semble être un héritage de l’époque communiste.
Cette apparente liberté coexiste avec une surveillance permanente. Cela donne l’impression d’une société dirigée par une entité abstraite, une sorte d’IA centralisée, dotée de milliards de caméras pour tout voir, intercepter chaque message, et agir ou punir en conséquence.
Pékin est la ville la plus froide, tant par son climat que par son ambiance. De larges avenues, un calme presque austère, une organisation rigoureuse, presque systématique. En arrivant à Shanghai, nous retrouvons sur le Bund le chaos urbain auquel on aurait pu s’attendre : les gens crient, certains crachent. Nous nous postons sur la promenade pour attendre 18 heures, moment où s’allument les lumières impressionnantes des immeubles et des bâtiments du Pudong, sur la rive opposée.
Shanghai déborde de vie : des marchés, des rues moins aseptisées, de la street food. Ça bouillonne. À Pékin, même les hutongs — ces vieux quartiers épargnés lors des Jeux de 2008 et que l’on nous avait conseillés de visiter — sont calmes, presque gentrifiés, avec leurs boutiques tendance.
C’est en arrivant à Hong Kong que nous prenons pleinement conscience du choc provoqué par le surdéveloppement urbain des villes chinoises. Ici, on retrouve le chaos des grandes villes européennes, avec des contrastes marqués entre la modernité de la partie financière, les anciens quartiers populaires et ces immeubles gigantesques, signature de la ville.
Les chantiers sont omniprésents. Les taxis sont anciens et n’acceptent que le paiement en espèces. Les Uber fonctionnent moins bien que Didi, et les voitures y sont nettement plus datées. Pourtant, Hong Kong respire une forme de vie différente : une désorganisation palpable, une foule dense, et les attraits d’une liberté moins encadrée, moins quadrillée et surveillée.
Le Power Station of Art à Shanghai, un musée d’art contemporain installé dans une ancienne centrale thermique au bord de l’eau (un site à ne pas manquer, notamment pour ses vues spectaculaires), est presque désert. Le 798 Art District à Pékin, un vaste complexe industriel reconverti, est immense et visuellement impressionnant, mais la vie culturelle y reste relativement limitée.
À Hong Kong, le musée M+ (à ne pas manquer non plus, tant pour ses collections que pour ses vues sur la baie) grouille de visiteurs. Il propose des expositions riches, dont une particulièrement impressionnante consacrée à I. M. Pei, explorant non seulement l’architecture de la pyramide du Louvre, mais également d’autres réalisations majeures de ce maître de l’architecture moderne.
Enfin, le Tai Kwun, situé à Central, est un ancien complexe carcéral transformé en espace culturel. Il offre des espaces d’exposition exceptionnels et des installations artistiques captivantes, notamment en vidéo.
Ce qui rend Hong Kong unique, c’est sa bigarrure : la coexistence, sur l’île de Hong Kong, d’une jungle luxuriante, d’un centre financier bordé de gratte-ciel (notamment à Central), de quartiers populaires plus ou moins gentrifiés comme Sheung Wan ou Sai Ying Pun, d’une architecture éclectique, et de bâtiments monstrueux tels que les célèbres « Monster Buildings » de Quarry Bay, rendus célèbres sur TikTok, hérissés d’unités de climatisation.
Cette diversité architecturale et urbaine fonctionne comme une véritable ode à l’hétérogénéité, en contraste avec l’uniformisation et la systématisation architecturale croissante qui atteint son paroxysme à Pékin.
En somme, ce voyage a été un passage de l’ordre au chaos, de la rigueur à l’approximation, de la création destructrice à une sédimentation sans fin, et de la froideur à la chaleur.
Nous en avons beaucoup discuté entre nous. Au début, après plusieurs jours passés dans le confort de l’ordre, de l’organisation et de l’absence de friction, il peut être difficile de s’adapter au tumulte d’une ville sédimentée comme Hong Kong. Ses rues, enchevêtrées de manière incompréhensible et non planifiée, se déploient sur différents niveaux, avec notamment le célèbre Mid-Levels Escalator pour les piétons, véritable signature de la ville.
Mais rapidement, un sentiment de réassurance s’installe. On a l’impression que l’humain reprend le contrôle, supplantant l’entité centrale désincarnée.
Une chose est commune à ces villes, pourtant si différentes par leur atmosphère : la qualité exceptionnelle de leur gastronomie. Nous prenions des petits déjeuners asiatiques (nouilles, dim sums, soupes), déjeunions sur le pouce dans la rue (souvent là où l’on trouve le meilleur), et dînions dans des restaurants sophistiqués, souvent étoilés au Michelin. Shanghai, par exemple, compte 27 restaurants une étoile, sans oublier les nombreux Bib Gourmands qui offrent un large choix.
La qualité, la sophistication et l’authenticité des plats sont tout simplement remarquables, et le service exceptionnel.
Programme de la visite :
Jour 1 – Cité interdite (Forbidden City) – Visite des Hutongs traditionnels de Pékin
Jour 2 – Muraille de Chine (section de Mutianyu) – 798 Art District, centre d’art contemporain à Pékin
Jour 3 – Train pour Shanghai – The Bund, promenade emblématique offrant une vue spectaculaire sur le Pudong
Jour 4 – Vieux Shanghai (quartier traditionnel) – Jardin Yu (Yu Garden) – Nanjing Road (rue commerçante)– Place du Peuple (People’s Square) – French Concession – Power Station of Art, musée d’art contemporain
Jour 5 – Vol pour Hong Kong (ou envisager le train de nuit pour une expérience différente)
Jour 6 – Wan Chai Market – Blue House Cluster (un bâtiment historique classé) – Promenade le long du port près de la grande roue (Hong Kong Observation Wheel) – Déjeuner à Central – Tai Kwun, musée dans une ancienne prison transformée en centre culturel – Dîner dans Central – Feux d’artifice du Nouvel An au Wan Chai Ferry Pier
Jour 7 – Victoria Peak (très touristique, mais incontournable pour la vue) – Déjeuner chez Din Tai Fung dans les Nouveaux Territoires – Promenade dans Kowloon Walled City Park) – M+ Museum, musée d’art moderne et contemporain avec des terrasses exceptionnelles donnant sur la baie
Restaurants :
Pékin
Sheng Yong Jing : Spécialité de canard laqué, excellente cuisine, excellent rapport qualité-prix, ambiance agréable, très fréquenté.
Zijin Mansion (Hôtel Waldorf Astoria) : Cuisine raffinée, superbe décoration, mais ambiance inexistante.
Shanghai
Fu 1088 : Salles privées dans une maison ancienne, cuisine shanghaienne, un peu cher.
Chen Dacheng: cantine chinois traditionnelle à côté de Nanjing road, où l’on mange de très bonne soupes à 5 ou 6 euros par personne
Canton Table : Excellente cuisine, superbe décoration, avec vue sur le Bund.
Hong Kong
The Chinese Library : dans un complexe de restaurants à Tai Kwun – décoration superbe, très bonne cuisine
Little Bao (Central) : petit boui-boui avec des bao et des entrées excellents
Duddle’s : superbe cuisine chinoise
Din Tai Fung