
A la une du Figaro du lundi, une photo de Valérie Pécresse la montre contemplative, observant une étoile au loin dans le ciel vespéral, sous le titre : « la nouvelle étoile montante de l’UMP. » On comprend alors qu’elle se regarde monter en fait. En parallèle, un livre à charge sur Rachida Dati, dont la thèse est que celle-ci compromet le modèle méritocratique à la française, en est à son septième tirage. J’en suis amené à faire un parallèle entre ces deux destins de femmes françaises qui me semble riche en enseignements.
Valérie Pécresse (VP) est un pur produit de la méritocratie française. Grand-père médecin qui soignait la fille de Chirac, père universitaire à Sciences-Po et HEC, mère diplômée de Sciences-Po, elle naît à Neuilly-sur-Seine. Déjà avec ça, on a son compte en fait de méritocratie. Mais ce n’est pas tout. Bac à 16 ans mention excellentissime, HEC et ENA, conseil d’état : la grande classe. Le parcours du mérite continue alors, de cabinet classieux en cabinet feutré sur fond de victoires électorales sublimes. Mari industriel, enfants de ce dernier, limpidité totale. La blonde de Gad Elmaleh quoi.
Prenons maintenant la pauvre Rachida. Bon, ça commence mal en termes de méritocratie. Elle a la mauvaise idée de naître dans une banlieue pourrie (au lieu de Neuilly comme tout le monde), dans une famille de plusieurs dizaines d’enfants (on ne les compte pas précisément), d’un père maghrébin (vous voyez le style, autoritaire, rétrograde, etc.), même pas prof à Dauphine (on ne demande pas Sciences-Po mais quand même !). Mais bon, on pourrait dire OK, c’est la vie, le mérite on le mérite ou pas. Là où ça se gâte c’est que mademoiselle se permet d’avoir de l’ambition, voyez-vous ça, et tenez-vous bien (c’est trop poilant !) elle envisage de réussir dans la vie ! Alors au lieu de faire l’ENA comme tout un chacun en potassant Diderot dans son loft de banlieue avec ses trente frères et sœurs, elle se met en tête de faire médecine. Figurez-vous que son absence de mérite est telle que n’ayant pas un sou, elle doive travailler pour payer ses études. Du coup elle les rate. Sur ce, elle fait des trucs pas hyper clairs. Elle est admise à l’école de la magistrature avec un piston ; alors que VP fait HEC (la vraie !) à vingt ans, RD fait l’ISA, un ersatz pour les nuls, MBA réceptacle de tous ceux qui ont raté leur deuxième cycle, inutile du moment qu’on y est admis par trop facilement. Elle est plus ou moins diplômée de l’ISA et là, au lieu de rejoindre des cabinets élégants, elle envoie des lettres, des lettres par ci, des lettres par là, pour se promouvoir comme symbole de la diversité et d’une féminité dynamique. Vous vous rendez compte de l’arrivisme ! Que beaucoup d’hommes politiques aient flingué leurs concurrents, trahi leur cause, consciencieusement léché le c… du monarque du moment pour décrocher un secrétariat d’état ou une mission au pôle nord, nous pouvons le concevoir, nous l’admettons au nom du réalisme, du constat fataliste mais lucide que c’est la vie. Mais qu’une Rachida intrinsèquement non méritante se permette d’envoyer des lettres, je dis bien des lettres, pour arriver, c’est injuste, injuste par rapport à VP qui est née à Neuilly de parents universitaires et a tout bien fait dans la vie, le bac, les prépas HEC et l’ENA. Grâce à ces lettres, dont plusieurs au grand Nicolas, Rachida occupe des postes subalternes jusqu’à l’élection de ce dernier… Alors là vous pourriez avoir un moment d’hésitation, vous pourriez juxtaposer deux images, celle d’une beurette dans sa banlieue pourrie, et celle de la femme élégante qu’elle est devenue, assise derrière un bureau boursouflé d’or avec en arrière-plan la putain de place Vendôme ! Place Vendôme, pas Place d’Italie ou Place Cambronne ! Vous pourriez vous dire, c’est admirable ! Quelle histoire ! C’est beau la France ! Et bien détrompez-vous car vous savez quoi, elle n’a pas fait l’ENA. Elle n’a même pas fait l’X. Je suis sûr, j’en mettrais ma main au feu, que si vous lui donniez un exo de math de Sup M (même pas Spé M, encore moins, s’entend, M’), elle serait infoutue de le résoudre. Et elle ne s’arrête pas là ! Elle devient maire du septième. Alors juste pour camper le décor, au septième… comment dire, si vous rencontrez un Noir un matin, c’est probablement Barack Obama qui visite la Tour Eiffel, quant aux Arabes, ils sont cantonnés dans les arabes du coin, ces supérettes où la bouteille d’Evian se négocie autour de dix euros. Et Rachida devient maire de ce havre de blancheur. Elle visite l’école de ma fille, et tout le monde veut prendre des photos avec elle. Mais encore une fois elle n’a aucun mérite. Comme le disaient élégamment les riverains, même un chien UMP serait élu dans le septième. Sur ces entrefaites, elle fait un gosse, et au lieu d’épouser un X ou je ne sais pas moi un militaire de Saint-Cyr comme on pourrait s’y attendre de la part d’une personne méritocratique, elle fait ça toute seule avec une demi-douzaine de pères potentiels disséminés dans divers gouvernements de la planète et des sociétés du CAC 40.
Maintenant que VP et RD sont arrivées, par des voies différentes, l’une méritocratique, l’autre intrigante, que se passe-t-il ? Eh bien c’était couru d’avance, la première fait un sans fautes, et la deuxième les accumule.
Première erreur fatale de Rachida, elle s’habille en Dior ! Franchement, y a des limites. Qu’elle ait usurpé le ministère de la justice, ok, mais qu’en plus, elle s’habille en Dior, non ! N’importe quelle vendeuse de Dior vous dira que cette marque, qui représente la France, devant laquelle les humains de toutes les contrées connues à ce jour s’extasient, est interdite au ministère de la justice, car justice rime avec justice sociale, justice vestimentaire, et on ne peut décemment opposer une robe Dior, aussi sexy soit-elle, à la souffrance quotidienne, sourde, des magistrats. Son extase d’arriviste arrivée explose alors en une déflagration textile, une frénésie d’achats avenue Montaigne. Pendant ce temps, que porte VP ? Là je cite le Figaro, car c’est trop beau, VP joue « de sa blondeur soignée et de ses tailleurs accordés à sa minceur, gardant un œil rivé sur son poignet entouré à double tour d’une montre Cape Cod étoupe ». L’une est en cuissardes et robe léopard fuchsia et l’autre garde un œil rivé sur sa montre étoupe. Tout est dit…
Deuxième erreur terrible de Rachida, Nicolas Sarkozy épouse Carla Bruni, laquelle, coutumière de la méritocratie, sait reconnaître l’arrivisme, et bannit la pauvre gueuse de la cour monarchique.
Troisième erreur, elle ne sait pas manager ses équipes, les tyrannise et double son incompétence d’une exigence insultante. Des dizaines de collaborateurs démissionnent, ne supportant plus, parfois au bout de quelques semaines (un peu chochottes quand même), autant de pression. Certes, les grandes administrations et les sociétés du CAC 40 pullulent à tous les étages de harceleurs moraux, d’humiliateurs professionnels, certes des chercheurs se jettent par la fenêtre des technocentres, certes les N-1 des Comex de la Défense vivent quotidiennement dans la terreur de leur N+1, mais ces derniers se distinguent de Rachida sur un point essentiel : ils sont com-pé-tents ! Pendant ce temps, VP, elle, reçoit des milliers de CV et de lettres de personnes dont le rêve serait de travailler à ses côtés.
Quatrième erreur, Rachida met en place les réformes du candidat Sarkozy et s’aliène toute l’administration judiciaire déjà échaudée par ses robes Dior. C’est l’erreur de trop, le début de la fin, la « disgrâce », le démasquage d’une imposture. VP en fait de même et s’aliène les enseignants et les chercheurs mais, nuance, elle est en butte au corporatisme de ces derniers. Alors, après en avoir fait une « icône », l’avoir portée aux nues, des journalistes d’investigation héroïques saisissent opportunément ce moment, pour courageusement descendre Dati en flammes, démonter les mécanismes pernicieux de son ascension et ceux, justes, de sa déchéance programmée, laquelle prouve à la satisfaction générale que dans nos sociétés il vaut mieux finalement que chacun reste à sa place.