Nymphomaniac, Vol 1 et 2

Lars Von Trier est un curieux cinéaste. Les objets qu’il crée sont disgracieux, laids dans la forme et souvent suspects sur le fond, habités par une fascination morbide pour le sordide et le grotesque. Ils sont foncièrement lourds. Cela dit, il révèle par moments un génie assez spectaculaire, comme dans la deuxième et magistrale partie de Melancholia. Dans ce nouveau film qui, par son artificialisation théâtrale et sa distanciation soi-disant absurde, lorgne étrangement du côté de Bertrand Blier, il surprend avec quelques scènes très belles, drôles voire émouvantes. Je pense au challenge entre les deux filles dans le train ; à la scène avec les deux noirs ; à l’homme qui frappe ; à la voiture qui brûle en arrière-plan de Charlotte Gainsbourg – exceptionnelle dans le rôle. J’aime par ailleurs le personnage de Jérôme et l’idée qui consiste à le faire revenir tout au long du récit, de manière invraisemblable et providentielle, dans différentes incarnations, comme un ange gardien ou un fantasme romantique qui traverse la solitude et la misère sentimentale. Mais c’est la très belle séquence dans laquelle l’héroïne Joe découvre son arbre, reflet de son âme, un arbre chétif et disgracieux au sommet d’une colline rocailleuse et battue par les vents, qui est bouleversante. On saisit alors la solitude de cette femme, sa singularité, et on revisite mentalement ses aventures à l’aune de celles-ci.

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