Ce film est désagréable à voir. Il provoque un véritable malaise. A travers l’histoire d’une institutrice qui pense reconnaître chez un gamin de maternelle un génie poétique, le cinéaste dresse un portrait glaçant d’un pays secoué par des ondes de violence. Tout y est violent, les supporters de matchs de foot, l’humour, le sexe, la manière de manger, la fête, le soleil, la réussite sociale, les rapports de travail, la danse. La société israélienne est électrisée par une violence souterraine permanente, un rapport pornographique aux choses, un état d’urgence et de tension. Dans ce cadre-là, très belle métaphore, l’institutrice croit reconnaître un espoir de poésie, comme un être fragile à protéger coûte que coûte, à faire fleurir coûte que coûte, d’autant plus que ses poèmes sont des épiphanies accidentelles et non reproductibles, des phénomènes instables et imprévisibles. Mais la société réagira à la subversion de l’institutrice, la violence se retournera contre elle – impressionnante scène de fin à l’hôtel –, l’enfant lui-même, possédé par son talent involontaire, se rebellera pour être phagocyté par l’invincible corps social.