La Maison des Bois de Maurice Pialat

  Pialat

Le DVD La Maison des Bois fait partie du Volume 2 du coffret Pialat. Le premier volume comprend les films les plus connus et les succès populaires : Nous ne vieillirons pas ensemble, Police, A nos amours, Sous le soleil de Satan et Van Gogh. Le deuxième réunit les œuvres moins connues : Passe ton bac d’abord, Loulou, La Gueule ouverte, Le Garçu et la Maison des bois.

J’avais vu les cinq films du premier volume avec un enthousiasme et une passion alimentés par Satan et Van Gogh. Le second volume m’a rebuté (je n’ai pas pu continuer Le Garçu et la gloutonnerie libidinale de Depardieu, ni même Loulou et les vociférations de Guy Marchand), jusqu’à ce que je découvre La Maison des bois. Je place ce « feuilleton » comme l’appelle Pialat au niveau de ses meilleurs films, voire de ses chefs-d’œuvre Satan et Van Gogh. Je cite ces deux car ce sont des films d’époque comme La Maison des Bois (l’autre grand chef-d’œuvre est pour moi A nos amours mais pour des raisons différentes). Il semble que le film d’époque transcende l’œuvre de Pialat et lui permet d’atteindre un degré d’achèvement esthétique supérieur aux films contemporains. Je ne sais à quoi cela peut être dû. Peut-être le souci de la reconstitution historique le distrait-il de son goût du naturalisme hystérique.Maison_des_bois

La Maison des bois se caractérise d’abord par sa beauté picturale. Chaque plan a la beauté d’une toile impressionniste, l’action se déroulant elle-même dans une campagne très renoirienne, père et fils. A la manière plus tard de Barry Lyndon, mais sur un mode impressionniste et non classique, les plans se valent par eux-mêmes, de par leur simple beauté, de là leur longueur, leur fixité ou les zooms tels des regards en quête des détails d’une toile.

La Maison des bois se situe en 1918, pendant la première guerre mondiale. La maison du titre est celle dans laquelle maman Jeanne et son mari s’occupent d’enfants pensionnaires confiés au couple par leurs parents, père au front, mère à Paris. J’aime à croire que, même si on ne la voit pas, la guerre et ses horreurs sont le sujet central du film. Les films classiques sur la première guerre (des Sentiers de la gloire au Long dimanche de fiançailles) plongent le spectateur dans les tranchées, avec les éclaboussures de boue, la pluie battante, la chair humaine pulvérisée et, hagards, les pauvres poilus dépassés par le cauchemar qu’ils vivent. L’horreur explicite, crue, avec comme gageure cinématographique de sa représentation l’hyperréalisme des images, des sons, du sang…

Pialat le réaliste nous livre les horreurs de la guerre en ne les montrant pas, comme si l’indicible ne pouvait qu’être hors champ. La guerre dans la démographie du village peuplé exclusivement de femmes, de vieux, de cinglés et bien-sûr d’enfants, la guerre sur le visage des soldats qui viennent en permission et qui sont habités par elle. La très belle scène où les enfants jouent aux soldats, font les morts, s’enterrent, fait plus froid dans le dos que des séquences de boucherie avec la caméra plongée dans le sang.

Dans le champ, l’antithèse de la guerre qui par contraste en accentue l’horreur. Joie de vivre, bonheurs simples de la vie à la campagne, une vie idyllique, irréelle et tristement transitoire. Une parenthèse enchantée. Si filmer les violences relève de la prouesse technique, filmer le bonheur est un art rare. Pialat y parvient en dilatant les durées, en filmant la nature avec une caméra paisible, contemplative, presque indolente. Le temps est bien suspendu. Il est parti ailleurs. Dans les tranchées qu’il hante.

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