Deux commentaires sur la note précédente : Vacances au Liban

Suite à des discussions avec des amis, j’apporte deux notes optimistes.

 

D’abord, l’un d’eux a noté que la crise actuelle au Liban était aconfessionnelle. Cela est un fait. D’un côté, les sunnites et une partie des chrétiens (14 mars), de l’autre, les chiites, une autre partie des chrétiens et une minorité de sunnites (8 mars).

 

Les musulmans se sont constitués en deux blocs solidaires. Les sunnites appartiennent à la mouvance dite du 14 mars, date en 2005 d’une manifestation géante en faveur de Hariri, qui regroupe divers acteurs de la politique locale sans autre dénominateur commun que le refus de la présence syrienne, la volonté de créer un tribunal international pour juger les assassins de Hariri et une certaine ouverture au monde occidental. Les chiites quant à eux sont majoritairement sympathisants du Hezbollah ou son ersatz moins populaire Amal. Les chrétiens dont les leaders historiques étaient en exil ou en prison, sont aujourd’hui éclatés entre divers courants pathologiques : Aoun s’auto-attribue la plus grande popularité, devant Geagea, Gemayel et Frangié. Cet éclatement est une vraie chance. Les personnalités chrétiennes étant concurrentes, chacune a choisi un bloc musulman différent et a ainsi évité une tripolarisation strictement confessionnelle.

 

Leçon n°1 de cette distribution des alliances : les intérêts politiques passent devant les attachements confessionnels. Aoun s’est probablement allié avec le Hezbollah parce qu’il estime que ses chances de devenir président avec ces derniers sont plus élevées. Ceci est dans un sens une excellente nouvelle : un objectif politicien (devenir président) prend le pas sur des considérations confessionnelles (s’allier avec des fondamentalistes musulmans).

 

Leçon n°2 : mieux ! A travers la distribution des alliances actuelle, à première vue simplement régie par des calculs politiciens, semble se dessiner, à y regarder de plus près, une ligne de partage politique entre favorisés (14 mars) et défavorisés (8 mars), donc par extension entre droite et gauche. Cela est clair pour les musulmans, la disparité économique entre sunnites et chiites étant forte. Bien que moins saillant, le clivage existe aussi entre chrétiens. Ceux du 14 mars (Gemayel et Geagea) sont historiquement et idéologiquement ancrés à droite voire à l’extrême droite à consonance raciste. Le parti Kataëb par exemple a été fondé dans les années trente sur le modèle fasciste suite à l’émotion esthétique éprouvée par Pierre Gemayel aux jeux olympiques de Berlin. Dans le magma informe d’idées qu’il défend, Aoun quant à lui véhicule des messages gauchistes avec une verve révolutionnaire.

 

D’où une thèse encourageante selon laquelle la crise actuelle accompagnerait en réalité une gestation politique, le processus de formation des clivages politiques censés remplacer les différences communautaires. Idéalement, pour atteindre le scénario 1 dont je parlais dans le précédent article, il faudrait que les deux formations troquent leurs noms extrêmement conjoncturels (des dates de manifestations) contre de vrais noms de partis. Cela supposerait que le Hezbollah se départisse de son identité islamiste.

Deuxième note optimiste : le pourcentage de chiites dans la population serait surévalué. Il varierait en réalité entre 25% et 35%. De ce fait, la menace du scénario 2 (république islamiste) serait moins forte que les pronostics pessimistes ne le suggèrent.

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