
Le dernier film de Rivette est une adaptation classique de la Duchesse de Langeais de Balzac (classique par opposition à libre comme ce fut le cas avec La belle Noiseuse adapté du Chef-d’œuvre inconnu). Je souhaite m’attarder sur un aspect marquant : la lumière.
Lumière des bougies. Peut-être par naturalisme historique ou une volonté de nous transposer dans les salons et boudoirs du XIXème siècle, la lumière des bougies est très basse et balbutiante.
Contrastes de lumières. Les scènes se répondent par leurs intensités lumineuses contrastées. Le soleil éclatant de blancheur de l’ile de Majorque et l’obscurité du couvent dans lequel la Duchesse de Langeais se cloître et se meurt. Les lumières rouges de la nuit parisienne et la lune bleue sur les rochers de l’île filmés de haut et parcourus des ombres d’hommes de la mer venus sauver la Duchesse de son destin inéluctable.
Lumières et émotions. A de nombreuses reprises, dans des scènes intimes aussi bien que des scènes de bal, le réglage de la lumière fait partie de l’action elle-même. Comme si cette étape préparatoire de la scène (réglage de la lumière par un chef opérateur) se transposait dans la scène elle-même. Dans les scènes intimes, c’est un moyen pour les personnages d’exprimer leurs émotions et d’agir sur eux, d’en régler l’intensité.
Lumière et passion. La grande partie du film est traversée par une passion marquée au fer rouge entre deux êtres qui pourtant se refusent tour à tour l’un à l’autre, comme pour laisser cette passion intacte de toute consommation. Une intensité des sentiments aussi forte que celle des batailles napoléoniennes, le personnage de Guillaume Depardieu étant un général au regard habité de scènes de guerre que l’on devine effroyables. C’est dans ces scènes que la lumière ou son absence se fait le plus sentir. Dans les scènes plus rationnelles, où les personnages raisonnent, conçoivent des plans, la lumière devient plus banale.