Christophe Honoré

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Parmi les cinéastes français de la « nouvelle génération », Christophe Honoré est l’un des plus doués. Chacun de ses films a un style différent et marqué (de ce point de vue, sa démarche est comparable à celle de François Ozon, mais elle est pour l’instant plus stimulante, moins formattée, moins commerciale).

Films de lieux : Iles Canaries pour Ma mère, Paris 15ème et 16ème pour Dans Paris, quartier de la Bastille pour Chansons d’amour. Films de climats aussi : Ma mère et sa blancheur solaire ou Chansons d’amour et ses gris délavées par la pluie. Mais c’est le cinéma qui fait vibrer les films et leur donne une double identité, une existence en soi et une autre empruntée à des films des années 60 ou 70. C’est peut-être une posture nostalgique, les citations sont sans doute un peu trop appuyées, mais peu importe car il est réjouissant de retrouver comme de vieux amis, au détour des images, des réalisateurs aimés et disparus. Les films sont des déclarations d’amour au cinéma. D’autres écrivent, poétisent, disent qu’ils aiment ceci ou cela. Ce cinéaste exprime son amour en filmant à la manière de ceux qu’il aime. Ce n’est pas du pastiche, même au sens proustien du terme. C’est de l’amour fusionnel qui conduit celui qui aime à se transformer imperceptiblement en l’être aimé. C’est parfois même une ressuscitation. Des plans d’outre-tombe. Et pour qui aime comme lui Truffaut, Pasolini, Demy, c’est un partage jouissif, comme une discussion autour d’un verre libérant le flux d’images déformées par la mémoire et les expériences de chacun.

Mon film préféré est Ma mère car si les citations « nouvelle vague » omniprésentes dans Dans Paris et Chansons d’amour sont assez fréquentes dans le cinéma français qui souvent se définit en filiation admirative ou contestatrice par rapport à la nouvelle vague, il est rare de retrouver comme dans Ma mère Pier Paolo Pasolini, dès le générique avec ses lettres noires sur fond blanc, puis dans les zooms, les sourires figés face à la caméra, le désert, les garçons nus aux corps abandonnés. Mais au-delà de la sensualité pasolinienne, de son observation des êtres dans leur beauté première (c’est-à-dire non polluée ni par l’intellect ni par la conscience de la beauté et la volonté de séduire qui en résulte), les autres thèmes du poète s’invitent dans le film, le sacré, le politique, la famille, la lutte des classes. Ce sont à la fois Théorème et les films de la Trilogie de la Vie qui irradient Ma mère de leur aura mythique. Je parle du Théorème et des films de la Trilogie de chacun d’entre nous.

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