Les Témoins de Téchiné

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Sublime film de Téchiné. Peut-être son meilleur. Bouleversant. Le film court, s’essouffle comme l’air des Noces de Figaro qui l’ouvre et le clôt. Les acteurs sont exceptionnels. Ils réussissent à surpasser leur condition d’acteur, la facticité inhérente à leur condition comédienne (choc traumatique bressonien qui me rend ultra-sensible à cette facticité). La voix off d’Emmanuelle Béart court elle aussi, sur fond de musique comme dans un Truffaut. Histoire tragique de vie et de mort, tous deux d’une incroyable intensité. Rencontre fusionnelle du sexe et de la douleur, de l’été et de l’hiver. Suractivité de tout, créatrice, fornicatrice, combattive, maladive. Le film est une éruption ininterrompue d’affects multiformes, d’émotions primaires. Il met en scène un combat, l’amour y est filmé comme une guerre, on entend au loin d’inquiétants sifflements de trains mortuaires, des déflagrations sourdes. Michel Blanc en médecin avance comme un commandant de troupes. La superbe musique de Sarde emporte le tout, le rend lyrique, mélancolique, poétique comme cette lune artificielle sur la scène d’un opéra, éclairant une cantatrice perdue, hagarde, à la recherche d’un sens à tout cela.