Contre Sean Penn

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L’idée m’avait d’abord séduit et les trois films sont beaux il faut dire, Gomorra, Entre les murs, Le silence de Lorna. Le palmarès affichait une ligne éditoriale, en prise avec notre temps, drogue, éducation, immigration, questions structurantes de l’Occident postmoderne. Je me disais donc que le choix de Sean Penn de ne primer que des films ouverts sur le monde, avait quelque chose d’attirant. Exit Conte de Noël du palmarès, mais bon, ça va, ce n’est pas non plus le film du siècle. 

Et puis j’ai vu La Belle personne de Christophe Honoré. Et là je me suis dit non mais attends, n’est-ce pas cela finalement le vrai cinéma ? Adaptation libre de La princesse de Clèves, dont il a été décidé en haut lieu que c’était un truc totalement anachronique et inutile, c’est un film hyper-gratuit, qui se passe dans un lycée imaginaire, où des adolescents qui ne parlent pas vrai, s’extasient sur la Callas, se tuent et s’entretuent par amour. Un film dans lequel une simple lettre met l’héroïne dans un état pas possible. Une vraie grâce pasolinienne dans les plans sur les visages. Paris grise, hivernale et délavée superbement filmée, rarement filmée comme ça, dépouillée de sa joliesse non photogénique.  

Chaque plan est beau et le tout est inutile. Et je me dis je préfère ça aux films sociaux, je m’en fous que ça ne traite pas des misères du monde, le cinéma n’est pas devenu un substitut à Envoyé spécial que je sache. Ce n’est quand même pas normal que dans ma note sur Entre les murs, je me surprenne à disserter le plus sérieusement du monde sur l’éducation nationale française ! Et puis finalement j’en ai ma claque du vrai, du comme du vrai, etc. Vive l’artifice. L’œuvre. Et puis vous savez quoi, je me demande si La belle personne, avec ses intrigues du 16ème arrondissement de Paris, n’est pas plus universelle finalement, comme le laisse suggérer les passages du film d’Idrissa Ouedraogo, que la classe saturée de thèses sociales et pédagogiques d’Entre les murs.  

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