1
Like someone in love de Abbas Kiarostami. Nous n’y retrouvons pas le génie métaphysique du Goût de la cerise mais l’élégance, l’intelligence, la pureté de la mise en scène sont telles que le film reste très, très au-dessus du lot. Trois séquences magiques, celle de l’ouverture dans le bar, celle des messages de la grand-mère sur le répondeur et celle de la voisine qui épie la fille et le vieil homme à travers le voile du rideau et celui-ci soudain qui s’ouvre. Naissance de la poésie dans le cadre fixe, grâce aux reflets mouvants sur le pare-brise de la voiture, à un rideau qui s’ouvre, à l’imaginaire du hors-champ.
2
Cosmopolis de Cronenberg. Génial (voir note).
3
In another country de Hong Sang-soo. A trois heures de Seoul, dans un vague centre balnéaire au milieu de l’arrière-saison mélancolique, la répétition musicale d’un nombre limité de motifs minuscules, comme une sonate composée de notes égarées in the middle of fucking nowhere. Magistral d’économie, d’humour, de délicatesse et de poésie.
4
Twixt de Coppola. Le film est bancal certes, sorte de série B baroque déterrée des années 1980, de l’époque de Coup de cœur, mais les séquences de rêves sont tellement belles, d’un formalise hésitant entre picturalité et kitsch numérique, qu’elles provoquent une émotion étrange, liée à la filmographie de Coppola (Rusty James surtout, son plus beau film) et l’histoire personnelle du cinéaste que la séquence magique du hors-bord illustre.
4
Looper de Rian Johnson. Pour le film d’action et de voyage dans le temps brillant certes, mais surtout pour la transformation inattendue (et bouleversante je trouve) en film intimiste sur l’enfance.
5
Vous n’avez encore rien vu d’Alain Resnais. Un film lui aussi étrange et bancal mais comme souvent dans les grands Resnais d’une maîtrise formelle impressionnante. Le mélange des décors, des lumières, des niveaux de réalité, la musicalité de tout cela, sont d’une virtuosité réjouissante.
6
L’odyssée de Pi de Ang Lee. Un film magnifique grâce à son récit philosophique (sa fin bouleversante) et sa beauté visuelle.
7
Cinq ans de réflexion de Nicholas Stoller. Comédie du mariage du réalisateur de l’excellent American Trip, produite par Judd Apatow, d’une intelligence, d’un désespoir et d’une élégance rares. Un vrai bijou.
8
Moonrise Kingdom de Wes Anderson. Charmant à voir, à se rappeler. Ce n’est pas spécialement le genre de poésie que j’apprécie (trop « petite musique poético-nostalgico-vintage ») mais le charme opère, notamment grâce à Kara Hayward, à la musique de Desplat et un vrai sens du conte.
9
Faust de Alexander Sokurov. J’ai beaucoup aimé quand je l’ai vu, moins avec le recul, trop foutraque à mon goût (tendance Zulawski), mais rien que pour les quelques scènes magiques, celle des thermes et surtout de l’extase irradiée de Margarete.
10
Les Adieux à la reine de Benoit Jacquot. Dans une atmosphère de fin de règne superbement éclairée (scène virtuose de la fuite dans les caves), dans les eaux pourries de Versailles, la circulation érotique du désir entre trois actrices d’une beauté renversante (le corps nu de Virginie Ledoyen…).
Et les pires films par ordre de nullité (pendants des meilleurs, aussi auto-contemplatifs, clinquants, se complaisant dans un narcissisme m’as-tu-vu que ces derniers sont modestes, au service de leur sujet, forts d’une maîtrise tranquille, presque dilettante)
De rouille et d’os : tout ce que je n’aime pas. Bourré des tics d’un réalisateur amoureux de lui-même injustement encensé par une bande d’imbéciles et cherchant à continuer de l’être. Hideux sur le fond et la forme. Eukh. Dans son livre Images, Bergman rapporte cette histoire : « je me rappelle une vieille farce avec Bob Hope, Bing Crosby et Dorothy Lamour. Son titre : Deux joyeux marins au Maroc. Ils ont fait naufrage et ils arrivent sur un radeau devant New York. Dans la scène finale, Bob Hope se laisse brusquement tomber et commence à écumer, à crier. Les autres le regardent, surpris, et ils demandent ce qu’il fabrique. Il se calme illico et répond : c’est comme ça qu’il faut faire pour avoir un Oscar. » Excellent résumé du cinéma d’Audiard : « c’est comme ça qu’il faut faire pour avoir un César. »
Laurence anyways : je n’avais pas détesté à la sortie, mais c’est comme ces gâteaux écœurants que nous aimons en les mangeant et qui nous dégoûtent en y repensant, surtout que l’on ne se rappelle plus l’énergie vitaliste et débordante mais juste le goût de chiotte. D’une mocheté visuelle et d’une sentimentalité dégoulinante quand même remarquables et qui valent le détour.
Holy motors : le film est moyen et il y a un ou deux bons sketchs (celui de Monsieur Merde, celui du père avec sa fille) et j’ai de la tendresse pour Leos Carax et sa posture d’artiste maudit de supermarché, statut, hélas, qu’il n’arrive pas à transcender n’ayant pas de génie. La mise en scène est quand même mollassonne, les plans fatigués et les références et autoréférences (le summum étant la scène de la Samaritaine) sont ridicules (parodiques ?), malgré le vrai génie dont il peut disposer à volonté, qu’il usurpe sans scrupule, celui de l’époustouflant Denis Lavant.