Depuis que j’ai lu le beau livre de Murakami – Autoportrait d’un auteur en coureur de fond – je me suis résolu de prendre note de quelques impressions de joggeur.
A San Francisco, je suis parti de Market Street pour rejoindre l’Embarcadero. J’ai ensuite longé les Piers, traversé le Fishermans Wharf. Chacune de mes respirations a empli mes narines d’odeur d’huile frite et de pains industriels. Juste après, le bonheur. L’océan, enfin, accessible. Le soleil et le silence. Plus de voitures. Une brise presque crémeuse sur le visage. Des promeneurs solitaires dans le paysage. Le Golden Gate Bridge apparaît enfin, bien qu’incertain. Des groupes d’écoliers me saluent. Je me dirige vers le Bridge, qui augmente imperceptiblement de taille. Les collines environnantes du Presidio m’offrent une merveilleuse vue. Les vagues viennent battre contre les rochers de cinéma.
J’avais couru à Central Park au mois de mai. L’automne offre un spectacle différent. Les feuilles jaunes illuminent le décor, volent au vent par saccades ; le ciel changeant laisse échapper çà et là des rayons de soleil qui dorent un pan du décor en laissant les autres dans l’ombre, comme s’il voulait attirer l’attention sur tel ou tel ensemble d’immeubles ; des érables japonais traversent le paysage au gré de ma course. J’y vais très tôt le matin et surprends des dizaines de coureurs dans les allées… Cette énergie qui irrigue la ville… Ce n’est pas au Champ de Mars que je risque de rencontrer des coureurs à six heures trente… Cette fois, je ne vais pas jusqu’à Harlem, je me contente de faire trois tours du réservoir puis de passer par le Great Lawn et la Bethesda Terrace. De retour à l’hôtel, lorsque je m’engage dans la 6ème avenue, les poids lourds au métal luisant sillonnent les rues et une foule déterminée fonce sur moi, armée de gobelets Starbucks.