Real, de Kiyoshi Kurosawa

Je suis fan du cinéma de Kurosawa et donc partial dans mon appréciation de ce film mineur et comme malade. Je dois reconnaître que toute la première partie est poussive, les effets spéciaux bancals en comparaison au cinéma américain et les bruitages qui accompagnent les zombies philosophiques dignes de quelque navet des années soixante-dix. Mais dès l’instant où nous passons du côté de la fille, que l’île apparaît au bout d’une rue embrumée de Tokyo, nous sommes captivés. Le rythme s’accélère, les différents fragments d’inconscient commencent à s’emboîter pour aboutir à un dernier quart d’heure de toute beauté, graphique et narrative. Le film révèle alors sa vraie nature d’enquête protéiforme dans les profondeurs de l’inconscient, à la recherche de la source de la culpabilité, avec les outils à la fois d’un manga artisanal, au crayon, et d’une technologie extravagante. L’inconscient acquiert alors un statut cosmique ; l’enfance y est représentée sous la forme d’une île verdoyante qui, loin du vert paradis, est habitée de menaces et d’angoisses muettes ; il y a une circulation des éléments, de l’eau notamment, entre la ville et l’enfance insulaire, le réel et le rêve, qui en fait une matrice de l’inconscient, sa matière organique. Sans effets spectaculaires – sauf à la fin – le film réussit à faire éprouver un sentiment de claustration et d’étouffement, d’emprisonnement dans l’enfer de l’enfance.

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