Précis des vacances parfaites

Partir une semaine avant tout le monde

Quatre semaines, la dernière de retour au bureau mais avec des journées lentes

Deux semaines dans les Pouilles

Vol idéal, Paris-Brindisi, deux heures, empreinte carbone négligeable, aéroport à une heure de la maison

Maison au calme, au milieu des oliviers, à dix minutes de la plage, en pierre de Lecce

Anna-Maria s’occupe de tout

Rituel : courir le matin à travers les champs d’oliviers pour rejoindre le petit village de Serrano, capuccino, au retour, plonger dans la piscine puis la lecture et le chant des cigales, déjeuner, sieste, voyage dans les rêves flottants, sortir l’après-midi

Une ou deux fois, cornetto chaud fourré à la crème pâtissière

Visites de l’après-midi : Otranto partie haute et ancienne ; Lecce toujours aussi belle au crépuscule et la place Santa Chiara la nuit, la grâce léonardienne de ses femmes ; Maglie et son festival culinaire ; Castro, sa colline sur la mer

S’endormir au milieu d’une phrase du livre de chevet et retrouver le livre par terre le lendemain matin, ne jamais se rappeler où l’on s’est arrêté

Virée en bateau le long de la côte Adriatique rocheuse et torturée, plonger dans l’eau turquoise des grottes, mouiller dans des baies théâtrales, de loin saluer les grappes de vacanciers accrochés aux rochers, apercevoir les montagnes d’Albanie

Emprunter la route du littoral de Castro à Otranto, SP358, SP86, Porto Badisco, Porto Rosso, la poésie du paysage, ocre des champs, bleu de la mer, touches noires des arbres solitaires

A cinq minutes de la maison, un hôtel cinq étoiles hautement sécurisé, le plus grand champ de figuiers d’Europe, y dîner pour « voir du monde »

Oublier quel jour on est

Entendre soudain « Pronto ! » dans le silence vespéral

Découvrir qu’Anna Maria peut chaque jour se surpasser

Qu’à votre insu, elle a élaboré un crescendo gastronomique et conçu un voyage à travers les recettes simples de cette terre défavorisée

Chardonnay des Pouilles, la buée sur le verre, la délicieuse plongée dans l’ivresse

Les étoiles qui enfantent des étoiles à mesure que le regard s’attarde sur les étoiles

Nul bouleversement climatique, pas d’ouragan, de tornade, de typhon, de pluie tropicale, de tremblement de terre, pas de canicule, de feux de forêt, de volcan en éruption, une nature apaisée

Torre Sant Andrea à l’aube, le saut dans le vide dans la Grotta della Poesia

La plage privée d’Otranto et son déjeuner à l’ombre des vignes grimpantes (salade et pastèque sucrée)

Baia dei Turchi, promenade le long de la côte escarpée, où courir les matins, les chiens qui plongent dans l’eau au lever du soleil et s’ébrouent dans son feu miroitant

La table du dîner débarrassée, la conversation qui se poursuit

Troisième semaine en Normandie sous la pluie

Visite de la plage du débarquement et des cimetières américains et allemands

Lectures, films, conversations, rêveries, observer le temps

Odeurs du jardin quand il pleut, intermittence du soleil, jeux de voile des nuages

Visite du parc Gulbenkian

Acrobranche (deux parcours)

Film au Cinéma Ouistreham

Arrêter le flux des images de mer avec des gens qui « profitent » sur Instagram

Voyage dans le temps, loin de tout

Quatrième semaine à Paris

Retour au travail, le silence du bureau

Temps de rêve et personne dans les rues

Les enfilades de places « PAYANT » vides, la foule, ailleurs, loin

Deux amies qui discutent sur un banc place des Etats-Unis sous des feuillages luminescents

Temps de rêve = ciel bleu Klein, température de 26 degrés, légère brise provenant d’une source glacée de l’hiver futur

Déjeuners en terrasse où l’on prend son temps, personne donc serveurs aimables, donc ontologiquement aimables, la société qui les corrompt

Vélo le long des avenues désertes

Courir au bois à midi, podcast des chemins de la philosophie, Sainte-Anne de Vinci par Jacques Darriulat, enchantement intellectuel et physique, définition recevable du paradis

Dîner sur des toits-terrasses, lieux de refuge confidentiels des survivants de la ville décimée

Fanny et Alexandre au cinéma (été = reprises), bouleversant de beauté

Consigne pour plus tard : rester à Paris en août, aller au cinéma, lire sur des terrasses, boire des verres au frais, déjeuner sur le pouce dans des parcs, puis au moment du retour des hordes, du déferlement, et de l’énervement, partir, partir pour rejoindre les plages libérées, revenir en octobre une fois que tout est rentré dans l’ordre, qu’il fait encore inlassablement beau

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