Bon week-end ?

A cette question rituelle de lundi matin, on répond machinalement, oui, très bien, merci et toi ? avec l’impression, hors voyages, vacances, etc., d’avoir passé un week-end sans grand intérêt à Paris.

Voyons voir.

Vendredi soir, j’ai retrouvé un ami pour des bières IPA rue Cler ; une heure et demie de conversation jonglant entre des sujets perso et les affaires du monde.

Samedi matin, j’ai couru au bois de Boulogne par un temps de rêve, en écoutant un podcast sur l’élection présidentielle en France. Nous avons ensuite déjeuné en terrasse, en famille.

En guise d’apéro, un gin tonic au soleil. Après un rapide dîner, nous avons marché quarante minutes jusqu’à Montparnasse pour voir Contes du hasard et autres fantaisies, nouveau film de Ryusuke Hamaguchi. En rentrant, nous avons discuté du film, très différent de Drive my car, plus modeste, et plus rohmérien. Nous nous sommes dit que le film et le portrait des femmes feraient leur chemin en nous.

Dimanche matin, j’ai couru le long d’un itinéraire que j’appelle « Monument Run » : Invalides, jardin du Luxembourg, Panthéon, Arènes de Lutèce, jardin des plantes, Bastille, berges rives droite, Notre-Dame, Tuileries, Louvre, Orsay, Grand Palais, Tour Eiffel. Au bout de la course, rue Cler, j’étais euphorique. J’ai écouté un podcast sur Roe v. Wade, le cas de la cour suprême qui agite et divise les Etats-Unis, à l’heure où j’écris. Je me suis dit que la vie de Jane Roe, enfant de la balle texane, passant du statut de « poster child » de la cause pro-choice, à porte-parole, des années plus tard, de la cause « pro-life », ferait un excellent biopic.

Nous avons déjeuné à la maison : daurade royale, brocolis, pommes de terre rissolées, et blé concassé sauce tomate.

L’après-midi, nous sommes allés voter à la mairie du 15ème pour les législatives libanaises. Nous avons marché jusqu’à la mairie. Le 15ème est réputé très laid, mais nous avons pris soin de prendre un itinéraire avec peu de voitures, bucolique par endroits, par exemple la place Dupleix, assez charmante, rue Fondary, et Amiral Roussin. La file d’attente était très longue sur la jolie place de la mairie, j’ai renoncé et me suis promis de passer plus tard, le bureau étant ouvert jusqu’à 22 heures.

Je suis allé chez Conran Shop à vélo pour choisir des petites plantes pour la maison. J’ai passé une bonne heure à les choisir. Je suis passé à la librairie du Bon Marché pour acheter le livre d’Annie Ernaux, Le jeune homme. De retour à la maison, j’ai trouvé le bon endroit où placer la plante. Après un dîner léger, je suis allé à vélo à la mairie du 15ème et j’ai réussi cette fois à voter. J’ai croisé une amie et nous avons échangé quelques mots. Je suis rentré et j’ai lu l’inédit de Céline, Guerre. J’ai aussi lu (en une petite demi-heure) le livre d’Ernaux qui fait 40 pages en caractère 14. Sommaire mais riche de correspondances avec le reste de l’œuvre et surtout avec L’événement. L’observation, comme plus tard chez Edouard Louis, des « petites choses » qui font la bourgeoisie.

Ça va ? Bon week-end ? Ecoute, pas mal après tout.

J’aime aussi les journées composites et multi-pays.

Le mercredi ayant suivi ce week-end, je me suis réveillé à 7 heures au Grand Hotel Central, à Barcelone, via Laituna. Je suis sorti, j’ai couru jusqu’à la plage avec un tapis de yoga sous le coude. Sur la plage, je me suis adonné à un exercice de gymnastique méditative. De retour (en courant) à l’hôtel, j’ai enfilé un Speedo et aligné des longueurs dans la piscine à débordement sur le toit-terrasse qui surplombe la ville baignée d’un ardent soleil.

Je suis allé ensuite à un centre de conférences pour des meetings toute la journée, cinq ou six avec des Espagnols, des Hollandais, un Chinois vivant à New York, des Américains de Californie, des Suédois, des Anglais. J’avais aussi un Zoom avec des Français et des Africains. J’ai déjeuné sur le pouce mais néanmoins au soleil (un bowl dit « healthy »).

Vers 18 heures, nous avons attendu un taxi dans la longue file d’attente, direction l’aéroport. Une fois à l’aéroport, nous avons dîné (des omelettes espagnols) dans le salon avant d’embarquer.

Dans l’avion, j’ai travaillé puis, une fois à bout de batterie, j’ai regardé un épisode d’Ozark sur mon iPhone. La série raconte l’histoire d’une famille, les Byrde, qui travaille pour un cartel de la drogue mexicain. Tension entre leur volonté de s’en sortir pour retrouver une vie normale et leur gestion du cartel en attendant. La série relative les problèmes de la vie quotidienne, car devoir gérer un cartel mexicain de la drogue n’est pas commode et, à côté, les problèmes de copropriété ont l’air de broutilles. Cela m’énergise car les Byrde finissent toujours par trouver une solution, lui grâce à une diplomatie d’expert-comptable geek, elle, par une approche sans foi ni loin de Lady Macbeth du Missouri.

L’avion a atterri à l’heure à 22h20, mais avons attendu trente minutes pour débarquer car le personnel au sol n’arrivait pas à viser avec la passerelle de débarquement la porte de l’avion. Le pilote a finalement redémarré pour modifier sa position de quelques mètres. J’ai pris un taxi pour rentrer chez moi. Je me suis adonné à ma toilette et me suis endormi, loin de la plage de Barceloneta où l’odyssée de ma journée avait pourtant commencé.

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