J’ai toujours été obsédé par l’unité de temps de la « journée ». Elle possède un équilibre parfait, suffisamment longue pour donner le sentiment du passage du temps, suffisamment courte pour qu’on puisse l’embrasser dans son ensemble. On dit couramment que les journées sont longues et la vie courte, c’est très vrai.
Je suis fasciné par les journées dites « parfaites » qui s’écoulent en procurant un profond et grandissant sentiment de satisfaction. La journée a ceci de particulier – contrairement aux unités de temps plus longues pendant lesquelles il est peu probable de ne pas avoir de mauvaises nouvelles ou des tracas – qu’elle peut être parfaite, de bout en bout. D’ailleurs, je m’amuse à spéculer dès le matin sur sa possible perfection lorsqu’une journée commence bien.
Prenons l’exemple du 7 juin 2023. Après une bonne nuit de sommeil, profonde et sans interruption, parcourue de rêves doux et oubliés dès le réveil, je pratique mon sport en écoutant un podcast passionnant – j’ai oublié lequel. Je me rends ensuite à un concert matinal de musique baroque à l’École Alsacienne, des variations autour de la comptine « Un poisson dans l’eau ». Il s’agissait de ne pas applaudir pendant toute la durée des variations, alors que les enfants, dont mon fils, se relayaient. Dès qu’un enfant terminait sur un instrument, un autre prenait le relais avec une grande fluidité. Je suis sorti de là avec un sentiment de sérénité, pour aller au travail, à vélo. Le vélo allait être le moyen de transport reliant les différents théâtres de ce 7 juin. À midi, j’ai déjeuné sur la terrasse baignée de soleil du restaurant Girafe, place du Trocadéro, avec une jeune dirigeante d’Amérique centrale en visite à Paris pour l’événement « Most Influential Women of the World ». Elle dirige une organisation tentaculaire de cinq mille salariés, elle est mère de trois enfants, dont s’occupe en permanence un personnel de neuf personnes, et elle a trente-cinq ans. L’après-midi, après des réunions au bureau, je me suis rendu au Palais de l’Élysée pour rencontrer Alexis Kohler, en compagnie d’une centaine d’investisseurs. Dans une grande salle d’apparat, ornée des symboles de la République et trahissant sur ses murs défraîchis des marques dorées du temps, Alexis Kohler élaborait les plans pour la France, comme s’il se trouvait dans un poste de commandement. Ce monsieur discret et distingué donnait l’impression que la destinée du pays était entièrement contrôlable depuis cette pièce à l’aide de raisonnements articulés autour de trois ou quatre points. En arrière-plan, un jardin paisible plongé dans la quiétude du soir, où les bruits de Paris et ses exclamations parvenaient de loin, semblait avoir été oublié de tous. De retour à la maison, j’ai méthodiquement dressé la table pour un dîner chez nous avec des amis, de ces dîners parisiens où les conversations hétéroclites et hétéronormées se relaient sans suite dans les idées, où flotte une légère sensation d’ennui et de fatigue. J’aime les instants après le départ de tous les convives, quand la maison plonge dans le calme, et l’on circule d’une pièce à l’autre, avant de se coucher. En m’endormant, j’ai repensé à mes itinéraires à vélo à travers les rues de Paris, malgré la chaleur écrasante – car déjà en cette journée de juin 2023, le changement climatique faisait sentir son impact. Ces déplacements m’ont permis de relier des lieux variés, une salle de concert dédiée aux enfants, un lieu emblématique du pouvoir, un restaurant clinquant fréquenté par des nouveaux riches et des touristes, des bureaux, la salle à manger d’un appartement parisien.
Une autre de ces journées parfaites remonte à une dizaine d’années. Je ne me souviens plus de la date précise. Je me rappelle que c’était le printemps à Paris, vers la fin de l’année scolaire quand les fêtes se succèdent. Ma mère visitait la ville, elle était seule, et notre fille qui devait avoir dix ans, jouait dans une pièce au Théâtre du Ranelagh, dans le 16e arrondissement. La troupe était composée de dizaines d’enfants de tous âges, et la pièce durait des heures. Une amie s’était jointe à nous avec ses propres filles. Je ne me rappelle plus rien de la pièce évidemment mais je sais qu’après la représentation du matin, nous avons tous marché dans les rues désertes du 16e, avec ses montées et ses descentes, puis nous sommes allés déjeuner au restaurant La Gare, place de la Muette – il a depuis changé de nom. Ma mère était émerveillée par l’immensité du lieu et l’abondance des plats du buffet du dimanche, tout comme elle l’avait été par les immeubles haussmanniens monumentaux. Elle appréciait la compagnie de notre amie, pleine d’esprit. Nous étions fatigués de la pièce et du cri des enfants, mais ma mère est quand même retournée au théâtre pour revoir sa petite-fille dans la deuxième représentation de l’après-midi. Quand elle est rentrée avec elle, elle était euphorique. Notre appartement était baigné de soleil et donnait sur les arbres comme dans un temple, au Japon. Je ne me souviens plus de ce que nous avons fait ce soir-là, probablement dîné à la maison. Mais ce dont je me souviens distinctement, c’est que ma mère m’avait dit que c’était la plus belle journée de sa vie.
Un autre type de journée parfaite qui se reproduit, identique à l’infini, est celle que je passe seul à la maison de campagne pour télétravailler. Depuis la pandémie du Covid, l’habitude du télétravail est restée, pour quelques jours par mois. En général, j’arrive en train à la gare de Deauville-Trouville tard la veille et un taxi m’attend pour me conduire chez moi. En hiver, la maison est plongée dans une obscurité humide et balayée par les vents. L’été, le soleil semble ne jamais se coucher, illuminant le paysage de teintes fauves, et faisant flotter une odeur d’herbe sèche. Les oiseaux continuent de chanter d’une voix de plus en plus apaisante. J’aime les deux saisons et en apprécie les charmes et les bruits respectifs. Le lendemain, je me réveille généralement vers huit heures, après une longue et paisible nuit de sommeil, et je découvre la campagne le matin, tout à tour grise, brumeuse ou rayonnante. Je prends mon petit déjeuner dans le silence recueilli de la salle à manger posée au milieu des arbres qui m’encerclent de toutes parts. Je travaille jusqu’à midi derrière un bureau qui donne sur un fenêtre et un tilleul. Ensuite, je pratique mon sport dans le jardin, déjeune dehors, prends une douche, puis retourne au travail. Quelquefois, je vais courir en pleine campagne, une heure durant, sans croiser d’autre être vivant qu’un seul et même chien qui est toujours là, depuis la nuit des temps, et aboie à chacun de mes passages, sans que je sache s’il est heureux de me retrouver ou s’il me perçoit comme une menace. Chacune de mes actions déborde de bonheur d’être. Tout en me sentant ridicule, je remercie Dieu d’avoir créé le monde, d’avoir créé cette journée, ce soleil, ces arbres, cette lumière et ces reflets sur l’herbe. L’après-midi, les appels se succèdent et les courriels défilent sur mon écran. Je dîne vers vingt heures puis me retire dans une petite pièce, au fond du salon, confortablement installé au fond d’un canapé, sous un plaid, à l’abri du monde, pour regarder un film soigneusement choisi. Le seul moment de la journée que je n’apprécie guère est celui où je quitte ce canapé pour me rendre au lit. À la lisière de la nuit, face à son étendue légèrement menaçante, dans la solitude de la campagne, je suis souvent saisi d’appréhension. Je me laisse alors accompagner par un livre qui me dépose doucement au seuil du sommeil.
J’ai passé une superbe journée avec ma fille à Brooklyn en novembre 2022. J’en ai gardé une trace sur Instagram. Je l’avais programmée dans le moindre détail. J’aime bien l’idée d’une journée parfaite programmée, où tout se déroule « according to plan ».
Le 18 juin 2023, ma femme et moi nous réveillons à l’Hôtel de Londres à Fontainebleau où nous assistions la veille à un dîner de gala. Je pars courir dans la solitude de la forêt, après quoi je rejoins ma femme au centre-ville, sur la terrasse d’un café en face du cinéma. L’atmosphère est paisible. Il n’y a personne. Nous nous promenons ensuite dans les rues de la ville peuplé de souvenirs – j’ai vécu ici il y a vingt ans – et le parc du château. La veille, nous avons été émerveillés par les lieux et les escaliers lors de la fête. De retour à l’hôtel pour prendre une douche et rentrer à Paris, je découvre que Proust y a séjourné en 1896 pour un projet de roman. Décidément, il me suit partout. Nous retournons ensuite à Paris, où nous célébrons la fête des pères en déjeunant en famille. On m’offre des cadeaux, dont un coffret de madeleines de Proust, qui tombe à point nommé. Ensuite, je monte sur mon vélo pour me rendre à la Gare du Nord où m’attend un train pour Londres. J’y retrouve des amis pour un dîner à la Gare Saint Pancras.
Avignon 2023 les 22 et 23 juillet 2023
Quand j’étais lycéen, j’avais découvert un expédient pour obtenir de bonnes notes à mes dissertations de français ou de philo, je terminais toujours par une citation de Nietzsche : « L’art, rien que l’art, nous n’avons que l’art pour nous sauver de la vérité. » Elle fonctionnait à chaque fois, quel que soit le sujet. Je ne réalisais sans doute pas à quel point elle était vraie.
Nulle part ailleurs qu’à Avignon n’ai-je l’impression de vivre cette citation avec une telle intensité. J’y suis allé de nombreuses fois, exclusivement pour le festival ; la ville a quelque chose de magique à mes yeux, et je suis happé par cette magie dès le portail de la gare TGV, qui semble être placé à la frontière de deux mondes. Les spectacles vivants du in sont l’interstice par lequel je me faufile dans une autre réalité, ou plutôt, une autre version, plus étrange, plus étincelante, de la réalité. Je suis immergé dans le monde de l’art de manière physique, presque biologique. Pendant de longues heures, je me retrouve coupé de tout, comme dans un sommeil éveillé, ne pouvant utiliser mon portable, ne pouvant bouger, immobile, bloqué au milieu d’un rang de spectateurs. La pièce m’impose alors sa propre temporalité, sa réalité à elle dont il m’est impossible de m’échapper. Aucune autre expérience ne me procure cela ; peut-être parfois le cinéma, avec de grands films, mais ni la peinture ni la littérature, que j’observe de l’extérieur, de ma réalité, dans laquelle je reste libre, pouvant aller me préparer un thé, ou quitter la salle d’un musée.
C’est la journée du dimanche 23 juillet 2023 qui est parfaite. Le samedi était lent, car après cinq ans sans festival, j’ai dû m’acclimater, retrouver les souvenirs des pièces que j’ai vues ici et qui refont surface par bribes. Cela dit, la soirée du samedi dans la cour d’honneur du Palais des Papes, où j’ai assisté à « The Romeo », un spectacle à la croisée de la danse et du défilé de mode, ce qu’on appelle le Voguing, avait cette magie qui m’avait tant manqué. Dans l’après-midi du samedi, la pièce de Tiago Rodriguez, « Dans la mesure de l’impossible », sur les travailleurs de l’humanitaire, m’avait elle aussi bouleversé, surtout la séquence de sauvetage d’un enfant dans la montagne, lors d’une brève accalmie des combats que la narratrice, Beatriz Bras, imagine étirer pour l’éternité. Une autre séquence poignante fut celle du sauvetage de femmes dans la jungle, où la même comédienne combat la peur par un chant déchirant.
Le dimanche parfait donc, je me réveille vers neuf heures et pars courir sur l’île de Barthelasse ; à ma surprise, il ne fait pas encore très chaud. Après une heure de course, je rejoins le Palais des Papes et visite le parc sur ses hauteurs, avec la vue sur le Rhône et Villeneuve. Ensuite, je m’installe dans un café en face du Palais, savourant sa vue et observant les mouvements des touristes de plus en plus nombreux que la vastitude de la place ralentit. Les cloches sonnent. Je ressens un plaisir de plus en plus rare, celui du matin d’une belle journée, celui d’Avignon. Ensuite, je retourne à l’hôtel et prends une longue et bienfaisante douche.
Je me rends à nouveau au Palais des Papes pour visiter l’exposition d’Eva Jospin, intitulée « Palazzo ». Les installations monumentales en carton, ainsi que les broderies de soie géantes, sont impressionnantes mais un peu kitsch, et je suis presque plus intéressé par le making-off de l’exposition, dont des photos sont exposées, ainsi que par l’espace de travail et de chantier de la grande chapelle. En sortant du palais, je fais face à l’hôtel de Mirande, et j’en profite pour y déjeuner au bar, sous la verrière et une lumière d’été que des tentures adoucissent.
La première pièce de la journée s’intitule « The Confessions », du Britannique Alexander Zeldin. Habituellement, ici à Avignon, je recherche des expériences plus radicales ; cette pièce est prévisible, trop classique, et dans la thématique du passage du temps sur des décennies, j’ai un souvenir plus marquant de « Ibsen Huis » de Simon Stone en 2017. Comment toutes ces années ont-elles pu passer ? En 2017, quand j’assistais, ébloui, à la pièce de Simon Stone, je n’avais que quarante-quatre ans, j’en ai cinquante aujourd’hui. J’ai l’impression d’être devenu quelqu’un d’autre, d’avoir franchi une limite. Cependant, une chose me plaît dans la pièce de Zeldin, sept ans plus tard : c’est sa douceur ; ses longs silences, ses pauses et ses poses. Elle est ponctuée, ainsi, de respirations, de moments d’arrêt dans le destin de cette femme que la pièce retranscrit, de son bal de lycéenne, à sa vieillesse.
De retour à Avignon centre, après un dîner sommaire au Molière, j’assiste au spectacle de danse « En attendant » d’Anne Teresa de Keersmaeker. Rien que l’entrée dans le cloître des Célestins, en face du restaurant, un de mes lieux préférés du festival, m’émeut et me transporte à nouveau dans le passé. Le soleil déclinant dore la magnifique façade. Au milieu du cloître, face aux deux platanes, le spectacle est un pur enchantement. Il incarne peut-être au mieux mon idée originelle d’une réalité parallèle, dépouillée de superflu, réduite à son essence. Aucun décor ; aucun artifice ; aucun éclairage ; des danses la plupart du temps sans musique ; et, parfois, venant du plus profond du temps, celui des pandémies et des pestes, des corps qui tombent, et les chants de l’Ars Subtilior dans le ciel qui s’assombrit. Les mouvements individuels et de groupe de ces corps dialoguent avec les lieux. Les danseurs observent le ciel, où des nuées d’oiseaux jaillissent en superposant leur chant strident à ceux du Moyen Âge. La pièce a commencé à 20 heures 15, au crépuscule, sous un croissant de lune et un ciel d’un bleu métaphysique. Elle se prolonge avec la tombée de la nuit, les corps deviennent alors à peine perceptibles, des ombres fugaces, véloces, dans des étoffes noires, puis dénudées, des formes lactées qui s’estompent dans la pénombre, comme une lumière que l’on éteint le plus délicatement possible. Avant qu’elle ne disparaisse aussi, une jeune danseuse en particulier m’attire par sa grâce, la profondeur de son regard, mais aussi son intensité, la vigueur de ses mouvements. C’est dans ces moments que naïvement, je me surprends à croire en Dieu, comme à une entité capable de faire surgir des tels émerveillements dans les plis de l’existence, de tels chefs-d’œuvre dans la combinatoire des atomes.
(En relisant les lignes ci-dessous le 1er août sur une île grecque, je repense à ce croissant filiforme de lune. Car la veille, en rentrant du vieux port, la lune était pleine, gigantesque, au milieu du ciel et au-dessous d’un plan d’eau luminescent, et j’ai pensé qu’elle débordait de temps, ce temps si bref et si long qui me séparait de la cour du Cloître. Il avait, le temps, cette longueur impossible à saisir qui séparait aussi la pièce de Zeldin de celle de Simon Stone, si bien que j’ai pensé que la vie était une suite de présents autonomes que rien ne reliait entre eux, et j’ai vécu cela comme la découverte d’une réalité physique, que le temps n’était qu’une illusion et qu’il ne reliait pas nos présents, et que nous étions des illusions discontinues, dont la discontinuité n’était révélée qu’à l’improviste, dans des situations inhabituelles, celle par exemple qui juxtaposait mes deux mois séparés de sept ans devant deux pièces semblables, juxtaposition qui faisait éprouver le sentiment très clair que ces deux mois n’avaient rien à voir entre eux, qu’ils pouvaient avoir appartenu à deux corps différents, étrangers l’un à l’autre.)
Dès la fin d’En atendant, je me précipite en courant vers le Lycée Saint-Joseph pour un autre spectacle de danse du collectif espagnol Mal Pelo, intitulé « Inventions ». Celui-ci n’est pas dans l’épure ; sur une musique de Bach, il accumule les effets dans l’espace quadrillé, symétrique, minéral de la cour. C’est impressionnant, peut-être trop, mais d’une autre manière, par la légèreté des corps de tous les âges et une séquence qui me marque, pendant laquelle les danseurs, de longues minutes durant, arpentent la scène dans tous les sens, en quête de sens.
Je marche le long de la rue des Lices, en direction de mon hôtel, en apesanteur dans ces espaces incertains et provisoires, d’où s’élancent des chants dans la nuit, lointains résidus du jour. Le lendemain, un train de l’aube, irréel, qui n’existe que pour quelques heures, traverse les étendues jaunes et arides de la campagne immobile, pour m’exfiltrer du songe et me ramener à toute allure vers la réalité.
Le mercredi 26 juillet 2023 est l’un des derniers jours des vacances avant les vacances, pendant lesquelles je suis seul à Paris. Après les chaleurs de juin, juillet est d’une grande douceur et, ce mercredi, après quelques jours de pluie, il fait beau et frais. Une légère brise circule dans les rues de Paris et transporte des parfums de nouveauté. Je sors courir, apprécie les rues vides, et me rends au jardin du Luxembourg, dire adieu à cet amant, mon jardin, pour l’été. Puis, la journée au travail est agréable, de celles où l’on règle les derniers détails avant de partir longtemps, où l’on met de l’ordre dans son bureau avec satisfaction, où l’on conclut ses messages par « je vous souhaite un bel été ». C’est la seule saison de l’année pour laquelle on s’échange des souhaits – personne ne souhaite un bel hiver, ni même un beau printemps. Je rentre ensuite chez moi et prépare ma valise pour un déplacement professionnel le lendemain tôt. J’ai rendez-vous avec une amie et nous allons dîner dans un café du quartier. Je lui raconte mon festival, lui décris mon concept de réalité parallèle, je ne suis pas sûr qu’elle saisisse très bien. Sa théorie à elle est qu’il faut vivre les émotions plutôt que les verbaliser, que les traduire en mots, en quelque sorte, les trahit. Par conséquent, elle aime aller seule en vacances, ou au cinéma, pour savourer ses émotions sans devoir les décrire à qui que ce soit.
Deux jours plus tard, le vendredi matin, après avoir couru autour du lac de Constance en Allemagne, je m’installe derrière le bureau de ma chambre d’hôtel qui donne sur le Rhin. Pendant quelques minutes, je ne bouge pas, ne pense à rien, quelques minutes d’absence, de totale inactivité, de total abandon, dont je me délecte.