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Balthazar, personnage principal du film de Bresson, est un âne biblique qui, au hasard de ses maîtres, est le témoin de l’effroyable nature humaine, un témoin d’une humilité, d’une simplicité et d’une sainteté bouleversantes.
Animal biblique et buñuelien qui de son regard profond et triste (cf. le regard de l’autruche à la fin du Fantôme de la liberté) observe avarice, cupidité et lubricité. Balthazar est à la fois le témoin de la condition humaine et sa métaphore. Sa vie est celle de l’homme, de l’innocence de l’enfance, aux humiliations de la vie, jusqu’à la mort.
Un des personnages dont l’âne suit la trajectoire et parfois la croise est celui de Marie, enfant dans le paradis éphémère des amours innocentes, puis adolescente à l’heure des désenchantements, quand elle se laisse séduire par Gérard, incarnation gidien du mal gratuit, et se donne à lui avec un mélange d’attirance et de dégoût de soi. Loin de la scène inaugurale idyllique du baptême de l’âne, elle finit par échouer chez un vendeur d’épices qui a ruiné son père et peut-être s’offre-t-elle à lui.
Nous connaissons la théorie de Bresson sur le cinéma, par opposition au cinématographe, le premier étant du théâtre filmé avec des acteurs professionnels jouant la comédie, le deuxième étant un art en soi qui naît de la rencontre d’images et de sons bruts, dépouillés de toute charge dramatique, de la même manière que la beauté d’une toile naît de de ses couleurs. Les acteurs sont amateurs et récitent un texte en donnant l’impression de ne pas le comprendre. Anne Wiazemsky interprète Marie, celle dont l’âne suit par intermittence le cheminement vers la perte inéluctable de l’innocence. En allant à ce que la matière a de plus essentielle, à l’image pure, au son pur, le film est l’alchimie miraculeuse entre la caméra et un visage d’une blancheur exceptionnelle, une bouche, une voix.