Une bagarre rue Cler !

 

Le lieu ne s’y prête pas. D’habitude, rue Cler, les dimanches, on croise des mères de familles fringantes, à la séduction toute bourgeoise, des papas propres sur eux et des représentants d’une très vieille France catholique et romaine. Des pompiers vendent des tickets de tombola pour le bal du 14 juillet.  

La scène se passe au Franprix. Je croise entre les linéaires un pervers en train d’examiner consciencieusement une boîte de tampons féminins. Deux minutes plus tard, la gérante du magasin, également caissière, l’interpelle :« J’en ai assez de vous, je dois être derrière vous tous les dimanches, ce n’est plus possible. S’il vous plaît, sortez ! Il y a du monde je dois m’occuper de ma caisse » 

Très vite, ça dégénère. 

« C’est à moi que vous (puis très vite tu) parles ?! ». Il est tellement incrédule, avec les Always dans les mains, qu’il pose la question plusieurs fois : « C’est à moi que tu parles ?! ». Pourtant, vu qu’il est seul dans ce coin, il n’y a pas vraiment d’équivoque. Puis crescendo d’insultes. « Mais pour qui tu te prends ? Poufiasse ! Fils de pute va (c’est bien une femme, la masculinisation est peut être une forme plus violente de l’invective) ! »  

Il commence à lever le bras sur elle. Je tente d’intervenir : « Laissez-la tranquille ! ». « Mais de quoi je me mêle ? ». Un autre client intervient aussitôt, un peu gringalet.  Il lui envoie un coup de poing dont une bourgeoise écope.  

Très vite l’altercation devient idéologique. 

Lui : « Vous êtes raciste ». Puis des insultes en arabe que je n’ai pas bien comprises. Elle (elle est arabe) : « Moi raciste ! » et elle l’engueule. « Mais sortez de ce magasin ou j’appelle la police. » Lui : « La police ?! Grosse poufiasse. Je ne faisais rien de mal, de quel droit tu me dis ce que je dois faire ? La France est une démocratie, un pays libre ! On est libre de faire ce qu’on veut ! Poufiasse va !» 

Ils sortent du magasin, sont dans la rue. Elle l’engueule avec une incroyable force comme une mère son gamin de cinq ans. Il continue de lui donner de la « Poufiasse » et de faire valoir ses droits de citoyen d’un pays démocratique.  Il commence à lui taper dessus. Les autres caissières, de jeunes beurettes, engueulent les pompiers qui continuent comme si de rien n’était à vendre leurs tickets de bal. « Mais ils foutent quoi les pompiers. Appelle la police ! » 

Le clochard posté juste en face du magasin (il est là tous les dimanches) décide tout d’un coup d’agir, s’avance de la scène, d’un pas pressé mais dégingandé sous l’effet de la bière matinale. Il prend le pervers par l’épaule et crie de toutes ses forces (mais l’effet de colère est un peu en dessous de ce que l’effort laissait prévoir) : « Tu ne touches pas aux femmes, t’entends ». Lui « Mais de quoi je me mêle ?! ». Le clochard : « Mais arrête de l’emmerder, t’es bourré ou quoi ? ». Lui : « Moi bourré, mais tu t’es vu oui ? ». Quelques insultes.  

Sur ce, les deux vont vers les pompiers qui vendent toujours les tickets de tombola (3€). Le clochard féministe explique : « Il lève la main sur la femme, il n’a pas le droit ». Le pervers légaliste : « Mais de quel droit elle me sort du magasin, nous sommes en démocratie ». Le clochard : « Elle a le droit, c’est la gérante ». Ils commencent à se battre. Les pompiers non-interventionnistes : « Tout doux ! ». Le clochard conclut avec une réplique géniale : « Ah et puis merde, j’ai pas que ça à foutre moi ! » 

Un dimanche matin bien agité dont on se souviendra longtemps au quartier !

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