Notes sur le cinématographe de Robert Bresson

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Il s’agit d’un livre de notes, de quelques lignes chacune, qui se succèdent dans un ordre arbitraire, celui de leur apparition dans la conscience de Bresson. Au bout du livre pourtant, malgré cette facture éclatée, prend forme une théorie artistique persuasive.

Bresson fait la différence entre le cinéma, équivalent pour lui du théâtre filmé, et le cinématographe, art à part entière, nouveau langage au même titre que la peinture ou la musique. L’art du cinématographe naît de la simple association d’images et de sons qui dans certains cas inexpliqués crée une nouvelle vérité artistique existant en soi, indépendamment du matériau fictionnel. Ce n’est pas de la chose filmée que l’art émane mais de l’outil qui filme, en l’occurrence la caméra.

Le jeu des acteurs est un élément fondamental qui distingue le cinéma du cinématographe. Le cinéma met en scène des acteurs professionnels qui jouent comme au théâtre c’est-à-dire avec des intentions psychologiques. Leur jeu est une imitation du réel mais il en ressort non pas le réel mais justement son imitation, avec des techniques mimétiques plus ou moins dissimulées révélatrices de l’artifice du procédé. De plus, comme un même acteur (prenez un Depardieu par exemple) change de personnage très fréquemment, impossible d’adhérer à son dernier rôle, de donner crédit à la joie, la souffrance, l’amour qu’il feints. Le cinématographe propose un jeu atone, dépourvu de toute psychologie avec des acteurs amateurs qui en général (à quelques exceptions près comme Anne Wiazemsky ou Dominique Sanda) ne font qu’un film, celui de Bresson. L’absence d’imitation de la réalité crée une vérité nouvelle, celle du cinématographe. L’acteur émet des sons. Les dialogues sont une association de mots pouvant à la limite être dépourvus de sens, appartenir à une langue étrangère ou fictive. Cela ne changerait rien. La vérité cinématographique (captation de sons et images bruts par la caméra) n’est pas polluée par d’autres vérités transfuges de la réalité extérieure ou d’autres arts comme le théâtre ou la peinture.

C’est étonnant comme la lecture de ce livre (en ce sens il n’est pas recommandé) change votre manière de voir des films de cinéma. Les acteurs ont beau faire des grimaces, on n’arrive pas à adhérer à leur personnage tant la théorie bressonienne déforme la façon de voir les films. Si Bresson a inspiré de nombreux cinéastes parmi lesquels Bergman, aucun n’a en revanche perpétué cet art du cinématographe dont l’intégrité est, c’est le cas de le dire, unique.

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